Économie scientifique

03 juin 2018

017 - Informatisation de la finance.

Nous avons vu dans le précédent billet n°15 qu'à Wall Street fut instauré en 1971 un nouvel indice Nasdaq qui regroupait essentiellement des entreprises du secteur de la technologie de l'information. Ce n'est donc pas une surprise que cet indice ait été, dès sa création, un marché d'action électronique. Au début ce n'était toutefois qu'un simple système de cotation qui ne permettait pas de faire des transactions électroniques. Au fil des années, le système de transactions du marché d'actions Nasdaq devint de plus en plus électronique et c'est ce marché qui instaura le passage d'ordres en ligne. Il attira bien évidemment des entreprises telles que Microsoft, Apple, Oracle, etc. [1]

C'est en 1985 que vit le jour aux USA la première plate-forme grand public permettant d'effectuer des transactions boursières en ligne : Trade*Plus. [2]

Par ailleurs, en 1988 fut posé le premier câble optique transatlantique, le TAT-8. Ce n'est très probablement pas un hasard s'il reliait l'Angleterre et la région de New York.

En effet, en 1992, grâce au TAT-8, le marché d'action Nasdaq fut électroniquement relié à celui de Londres pour former le premier marché de titres intercontinentalement connecté. [1] Ce fut là le début d'Internet.

En 1994, le premier site Internet de transactions boursières en ligne fut mis en place par la société de courtage US : K. Aufhauser & Company. [2]

L'informatisation de flux d'ordres pour les marchés financiers de Wall Street commença au début des années 1970, mais ils s'exécutaient manuellement. Des programmes s'exécutant automatiquement se répandirent dans les années 1980. [3] Depuis 2014, plus de 75 % des transactions boursières de Wall Street sont générées par des systèmes de passage d'ordre automatisés (ATS : Automated Trading System). [4]

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Chaque place financière possède a priori aujourd'hui un centre de données des marchés d'action sous la forme de serveurs informatiques qui sont reliés via un service de distribution en réseau aux fournisseurs de services financiers et aux centres de données des maisons de courtage (image X). Toute cette architecture fonctionne via Internet avec des protocoles IP, des technologies et des routeurs spécifiques. [5]

On se doute bien que les serveurs serveurs informatiques servant de centre de données à une place boursière doivent être physiquement situés dans des lieux secrets et ultra sécurisés.

L'informatisation des différents marchés de la Bourse de Paris s'est opérée de 1988 à 1998. La célèbre corbeille du palais Brongniart fut démontée le 10 juillet 1987. Le printemps 1998, marqua la fin de la dernière criée.

[1] https://en.wikipedia.org/wiki/NASDAQ

[2] https://en.wikipedia.org/wiki/Investing_online

[3] https://en.wikipedia.org/wiki/Algorithmic_trading

[4] https://en.wikipedia.org/wiki/Automated_trading_system

[5] https://www.cisco.com/c/dam/en_us/solutions/industries/docs/finance/md-arch-ext.pdf

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20 mars 2018

016 - Les bourses.

Une bourse est un marché d'actions, une action représentant une part de titre de propriété d'une entreprise ou d'une société.

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Le concept d'action a été inventé en 1250 à Toulouse par la Société des moulins de Bazacle – qui regroupait 60 moulins flottants. En fin d'année chaque investisseur actionnaire recevait en nature (en farine) sa part des bénéfices de la société. [1]

Nous avons vu dans le billet numéro 3 que c'est en Italie que, après la création de la première banque à Venise en 1151, les Médicis créèrent le premier réseau de banques. À cette époque, la ville flamande de Bruges était le principal partenaire commercial de Venise. C'est au moment au le réseau de banques des Médicis s'internationalise qu'est créée, en 1379, la première place boursière à Bruges.

Bruges avait bénéficié d'un accès direct à la mer après un raz-de-marée qui s'était produit en 1134. C'est après que le port de Bruges s'est à nouveau trouvé ensablé, qu'Anvers devint la première place boursière d'Europe vers le début du XVIe siècle. C'est en 1592 qu'y apparaît la première liste publiant les cotes des matières premières. [1]

Au XVIIe siècle, c'est Amsterdam qui devint la capitale mondiale du commerce international et de la finance et par voie de conséquence la première place boursière mondiale. Il s'y développa un marché financier sophistiqué et la première cotation d'une multinationale, la Compagnie hollandaise des Indes, y vit le jour en 1641.

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C'est au même moment que naquit, en 1639, une bourse de Paris. C'est en 1826 qu'elle s'installa dans le bien connu palais Brongniart.

La bourse de Londres vit pour sa part le jour en 1776, à la naissance de la révolution industrielle, l'année même où Adam Smith érigeait, à Glasgow sa théorie de l'économie et alors qu'en 1774 James Watt venait de perfectionner sa machine à vapeur dans cette même ville [2].

Au cours du XIXe siècle les places boursières proliférèrent à travers le monde.

 

 

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La bourse de New York – aujourd'hui mondialement connue par le nom de Wall Street – fut quant à elle créée en 1792 où uniquement 5 titres y étaient cotés. Mais l'activité y croit ensuite très vite pour atteindre 380 000 actions dès 1817. [3]

Dès lors la City de Londres et Wall Street se disputèrent le titre de première place financière mondiale.

Tout comme existent des indices des prix à la consommation basés sur un certain ensemble de produit jugés pertinents, il a été aussi créé sur les places boursières des indices reflétant l'évolution des cours d'un certain ensemble d'action donnant le tendance générale des marchés financiers.

À la bourse de New York l'indice Dow Jones fut créé en 1896 et contenait alors 12 entreprises américaines. Aujourd'hui il regroupe les 30 plus grosses entreprises US. [4] Mais il y existe d'autres indices plus récents. Standard & Poor's Financial Services créa son indice en 1923 sur un petit nombre d'actions qui furent étendues à 90 en 1926. C'est en 1957 que son nombre d'actions fut étendu à 500 et que l'indice prit son nom actuel de S&P 500. Le Nasdaq, autre indice connu, fut pour sa part créé en 1971, et il repose sur 50 entreprises dont beaucoup sont dans le secteur de la technologie de l'information.

À la bourse de Paris, il n'y avait que 7 actions cotées en 1800, 26 en 1826, plus de 800 en 1900 et environ 1 200 de nos jours. La création du premier indice est récente. Le CAC 40 fut introduit le 31/12/1987 après l'informatisation de la finance (CAC = Cotation Assistée en Continu). Il regroupe les 40 plus grandes entreprises françaises en termes de capitalisation. [5] Il y a aujourd'hui différents autres indices comme le SBF 120 qui regroupe les 120 plus grandes entreprises cotées à la bourse de Paris.

Les indices constituent aussi des actions que les investisseurs prudents peuvent acheter pour répartir le risque sur un nombre étendu d'actions et pour des investissements sur le long terme, un tel portefeuille d'actions étant a priori moins sensible à des fluctuations brutales qu'une action individuelle.

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Le palais Brongniart accueillit la bourse de Paris jusqu'au 13 juillet 1987 qui marqua l'informatisation de la finance. Le cœur de l'activité était matérialisé par une grande « corbeille » autour de laquelle se regroupaient – tous les jours de 12h à 14h30 - les agents de change les plus importants. Un son de cloche marquait le début et la fin de la séance. Les évolutions des cotations étaient effacées puis réécrites à la craie sur un tableau situé au-dessus d'une passerelle murale. [6] Un « coteur » était affecté à chaque groupe de cotation. Pour passer les ordres les commis devaient attirer l'attention du coteur en criant « j'ai » avec les bras levés et les paumes tournées vers l'extérieur lorsqu'ils avaient des titres à vendre, et « je prends » avec les bras levés et les paumes tournées vers l'intérieur lorsqu'ils en avaient à acheter. Le coteur enregistrait les prix et les ajustaient jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'offre supérieure ni de demande inférieure afin de maximiser le nombre d'échanges sur chaque titre. Les valeurs cotées étaient ainsi passées en revues l'une après l'autre, la plupart des valeurs n'étant cotées qu'une seule fois par jour. [7]

 

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_des_bourses_de_valeurs

[2] « Richesse, Richesse virtuelle et Dette » de Frederick Soddy, 1926, traduction française par Jean-Paul Devos, édition Persée, 2015, p. 27.

[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/New_York_Stock_Exchange

[4] http://www.finances.net/indice/Dow_Jones

[5] http://france-inflation.com/graph_cac40.php

[6] http://www.palaisbrongniartblog.fr/la-corbeille-au-coeur-de-la-bourse/

[7] https://www.mataf.net/fr/bourse/edu/formation-bourse/la-bourse-de-paris-avant-l-informatique-le-parquet-la-corbeille-la-criee

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12 mars 2018

015 - L'accumulation de capital et le taux de consommation de richesses périssables.

Nous avons vu (billet n°1) que la vie sociale – donc les sociétés et les civilisations – et même la vie elle-même, ce peuvent exister et prospérer que par une « consommation » d'énergie qui consiste en réalité en une transformation d'une forme d'énergie disponible en une forme indisponible au travers d'un processus dont on tire un travail utile. Les lois de la physique définissent l'énergie comme ce qui se conserve dans tout processus :

énergie disponible = travail utile + énergie perdue (indisponible).

Les sources d'énergie à partir desquelles un travail utile peut-être tiré et l'efficacité avec laquelle cela peut-être réalisé dépendent des connaissances scientifiques et de l'ingéniosité humaines. De l'énergie disponible est libérée au travers de la consommation de ce qui a été appelé les richesses périssables (billet n°8). Le travail utile qui en est tiré peut être utilisé soit pour alimenter directement les processus vitaux (consommation de nourriture, carburant, électricité, …), soit pour créer les richesses durables qui constituent le capital permettant d'améliorer l'efficacité des processus de création de richesses périssables en fonction du niveau technologique maîtrisé par la société humaine. Plus ce niveau technologique est avancé, plus les processus de création de richesse sont efficaces, mais plus aussi ils sont complexes et nécessitent a priori l'immobilisation d'un capital important. Par exemple, pour moissonner les champs, une faux demandait beaucoup moins de travail pour la fabriquer mais était beaucoup moins performant à l'utilisation que les grosses moissonneuses-batteuses d'aujourd'hui.

La question du bénéfice qui peut être tiré d'une augmentation de l'efficacité des processus de production a été abordée par Frederick Soddy [1] :

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« L'utilisation du capital préserve du temps ou augmente la production de richesses et, dans la mesure où son rendement est recueilli sous la première forme, autant de moins est à disposition pour la seconde. Mais la limite à la production de richesses est fixée par l'état des connaissances scientifiques et techniques et l'organisation des entreprises, ainsi que par le nombre d'heures qu'il est possible de travailler par jour. Une fois qu'à été accumulé le capital nécessaire pour permettre aux travailleurs de mettre en œuvre les méthodes de production dictées par le développement technique, plus d'accumulation est purement et simplement du gaspillage. »

Le niveau de consommation qui peut être qualifié de « naturel » repose sur des considérations psychologiques qui définissent la demande globale répondant au besoin ressenti comme nécessaire au bien-être dans une culture donnée. Compte tenu de l'état des connaissances scientifiques et techniques, il existe donc un optimum dans l'accumulation de capital permettant de satisfaire au mieux le bien-être général ; « … plus de possessions, comme plus de capital, deviennent une charge inutile et un fardeau sur le dos des possesseurs ». [1]

Dans une société capitaliste libérale, où chaque producteur privé est libre d'investir du capital comme bon lui semble, il y a un problème dont la nature a été évoquée par Frederick Soddy [1] : « L'apparente productivité perpétuelle du capital-richesse et sa supériorité sur la richesse consommable conduisent toujours à un soutien cupide et exalté pour la production de capital, vue comme une épargne, et à considérer la production de richesse consommable comme une folle dépense. »

La suite de l'histoire est que si plus de capital que nécessaire à la satisfaction du besoin de bien-être « naturel » a été accumulé par des investisseurs en quête de profits, la concurrence va conduire ces investisseurs : à des campagnes de marketing publicitaire afin de conditionner le consommateur pour l'inciter à acheter ses produits ; à continuellement mettre sur le marché de nouveaux produits présentés comme plus attractifs ou répondant à un phénomène de mode auquel les gens sont judicieusement conditionnés ; voire à mettre en œuvre des processus d'obsolescence programmée. Au final cela conduit à utiliser plus de ressources et à fournir plus d'heures de travail que cela ne serait nécessaire pour satisfaire le bien-être naturel général de la population.

Dans une société capitaliste libérale à mentalité prédominante matérialiste, le capital aura naturellement tendance à être orienté vers un excès de production à des fins de profits et non pas pour réduire du temps d'activité humaine (c'est-à-dire pour augmenter les loisirs et donc le bien-être humain en général).

[1] « Richesse, Richesse virtuelle et Dette » de Frederick Soddy, 1926, traduction française par Jean-Paul Devos, édition Persée, 2015, pp. 136-137.

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25 février 2018

014 - L'économie industrielle – Le capital.

 

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Une économie industrielle est une économie où la production de biens et de services est communautaire et fortement sectorisée. Chaque acteur est spécialisé dans un secteur bien défini du système productif. Les processus de production et d'activité sont de plus en plus efficaces au fur et à mesure de l'évolution des connaissances scientifiques, des techniques et des méthodes. Cependant cette amélioration de l'efficacité se fait en général par l'invention de machines toujours plus complexes et coûteuses (par exemple des robots) dans lesquelles il est nécessaire d'investir de plus en plus d'activités et de ressources avant qu'elles puissent être utilisées pour entreprendre avec plus d'efficacité et de productivité le processus de production pour lequel elles ont été inventées. De tels investissements constituent le capital nécessaire au processus de production. Pour que le capital nécessaire soit constitué il faut que des individus consacrent à cela du temps et/ou de l'épargne, ou bien que ce capital soit financé par une dette envers ceux qui ont consacré du temps et/ou des ressources pour constituer le capital (richesse durable).

Ce qui différencie une société dite capitaliste d'une société dite communiste est que dans le premier cas le capital a des propriétaires privés tandis que dans le second cas le capital appartient à l'État. Dans une société communiste le capital est donc obligatoirement financé par une dette sans intérêt (une dette monétaire, autrement dit une émission de monnaie par l'État) au bénéfice de ceux qui ont consacré de l'activité à la création du capital. Depuis le début de l'ère industrielle, dans de nombreux pays non communistes, le système a souvent été un certain mélange de capital privé avec une part plus ou moins grande de capital public. Il est naturel et nécessaire que ceux qui ont investi dans du capital privé perçoivent des intérêts. D'une part, le capital ne peut en général pas être remboursé. Au bout d'un certain nombre d'années, une machine, par exemple, ne vaudra plus rien soit parce que l'usure du temps l'aura mise hors d'usage, soit parce qu'elle sera devenue obsolète et non compétitive par rapport à de nouvelles machines ou procédés plus récents et performants. Les intérêts constituent le moyen de rembourser le capital. D'autre part, il est également normal que ceux qui ont fait abstinence de consommer ce à quoi de la monnaie qu'ils possédaient donnait droit, pour investir à la place dans de la création de richesse future reçoivent pour cela une récompense constituée par un supplément d'intérêt par rapport à la part représentant le remboursement du capital.

Plus une société est technologiquement avancée, plus le capital qu'il est nécessaire d'investir par nouvel habitant est important.

Une conséquence du second principe de la thermodynamique (entropie) est que le capital, en tant que quantité physique, matérielle, se dégrade inexorablement avec le temps, contrairement à la dette, qui est une quantité imaginaire créée par l'esprit humain et qui n'est pas affectée par le temps qui passe.

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Frederick Soddy a par ailleurs soulevé une question sociale délicate du point de vue de l'éthique quant à la possession privée du capital : « … quand un ensemble de personnes possède le capital et un autre ensemble le met en œuvre. Il n’y a aucune méthode théorique connue pour égaler la somme totale d’heures de travail dépensées antérieurement dans l’approvisionnement du capital avec l’actuelle dépense continue d’heures de travail pour le rendre productif ; autrement dit, on ne sait pas déterminer ce qui, éthiquement, est la juste distribution du rapport. » [1] C'est-à-dire que l'on sait combien il a fallu d'activité et de ressources pour constituer un capital, on sait combien une quantité donnée de richesse actuellement produite par ce capital consomme en activités et en ressources pour la produire, mais on ne peut pas savoir au bout du compte combien de richesses ce capital va créer (en fonction de son taux d'utilisation dans le temps et du moment où il va devenir obsolète ou hors d'usage). On ne peut donc pas déterminer théoriquement quelle est le juste partage entre ceux qui ont investi dans la création du capital et ceux qui l'utilise pour produire de la richesse.

 

[1] « Richesse, Richesse virtuelle et Dette » de Frederick Soddy, 1926, traduction française par Jean-Paul Devos, édition Persée, 2015, p. 140.

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12 février 2018

013 - Le système monétaire actuel.

Nous avons décrit dans le billet précédent quel devrait être le fonctionnement naturel d'un système économique. Toute personne qui s'est un peu intéressée au sujet aura pu constater que notre système économique actuel s'avère fonctionner d'une manière très éloignée de celle précédemment décrite.

Dans ce billet nous allons analyser comment, en particulier, fonctionne le système monétaire d'un point de vue macroscopique. La première question est : Qui crée la monnaie et comment ? Nous avons déjà donné des éléments de réponse à cette question dans le billet n°3 « Histoire du système bancaire ».

 

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Aujourd'hui, dans la plupart des pays industrialisés, la totalité de la monnaie en circulation a été créée, à l'origine, par un prêt bancaire ; même la monnaie servant à financer la dette publique. Dans la zone euro, depuis 1992, l'article 104 du traité de Maastricht oblige les états à financer la dette publique auprès des banques privées [1] - cet article a été repris tel quel dans l'article 123 du traité de Lisbonne de 2007. [2] Ainsi la politique monétaire échappe entièrement au contrôle des États et la quantité de monnaie en circulation ne peut être régulée de manière à une quelconque politique monétaire, que ce soit une politique visant un fonctionnement naturel du système économique tel que décrit dans le précédent billet ou toute autre politique. La monnaie est créée par le surplus de crédits que les banques décident d'accorder en réponse à des demandes de clients par rapport à la destruction de monnaie que représentent les paiements d'échéance sur des crédits précédemment accordés. Ainsi toute la monnaie en circulation – nécessaire au fonctionnement du système productif – représente le capital à rembourser de l'ensemble des prêts bancaires. Ce capital ne peut cependant pas être remboursé sous peine d'effondrer le système économique. Et il y a pire : les prêts sont octroyés par les banques moyennant intérêts. Si toute la monnaie en circulation représente le capital à rembourser de l'ensemble des prêts en cours, cela signifie que la monnaie permettant le paiement des intérêts n'existe pas. Elle devra être obtenue par de nouveaux prêts accordés à des gens en contrepartie d'un engagement d'activités futures jugé acceptable par une banque. Nous sommes clairement dans une fuite en avant demandant toujours plus de croissance dans un monde aux ressources finies. Un tel système ne peut être durablement maintenu et est donc voué à s'effondrer. La seule question est : Jusqu'à quand va-t-il encore pouvoir tenir ? Ce dont on peut être certain est qu'avec le temps qui passe, la probabilité de survenue de l'événement déclencheur augmente.

À la lecture de ce qui vient d'être mentionné, le lecteur perspicace rétorquera que les banques ne détruisent pas la monnaie qu'elles perçoivent au titre des intérêts sur les prêts et que même si, bien sûr, cela s'apparente à un vol, la monnaie correspondante n'en continue pas moins d'exister au sein du système économique. Nous entrons là dans un aspect plus complexe qui sera abordé ultérieurement, mais nous verrons que cela n'enlève rien au caractère problématique de ce mode de fonctionnement.

 

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Le lecteur avisé pourra aussi faire remarquer que le crédit bancaire crée la monnaie virtuellement, en rajoutant des chiffres sur un compte bancaire avec un clavier d'ordinateur, et que si, certes, la monnaie scripturale représente aujourd'hui de l'ordre de 95 % des avoirs monétaires, environ 5 % de ces avoirs prennent la forme matérialisée de billets de banque. Il faut toutefois se poser la question de savoir comment ces billets de banque sont mis en circulation.

L'impression des billets de banque reste, comme par le passé, une prérogative exclusive d'une banque centrale comme la Banque de France. Mais cette monnaie fiduciaire n'est plus, comme le furent par le passé les pièces de monnaie en métal précieux ou les billets de banque, directement injectée dans le système économique productif, elle n'y arrive que par l'intermédiaire des distributeurs de billets des banques privées que la banque centrale approvisionnent en billets. Lorsqu'un client retire de la monnaie sous forme de billets de banque son compte bancaire est débité du même montant. Une telle opération n'est donc pas une injection de monnaie, c'est simplement une certaine quantité de monnaie qui change de forme : de la monnaie scripturale est transformée en monnaie fiduciaire, et inversement en cas de dépôt d'espèces.

Dans [3], Gérard Foucher détaille de manière très pédagogique le sujet du système monétaire. Le lecteur pourra se reporter à cet ouvrage pour en savoir plus.

[1] https://europa.eu/european-union/sites/europaeu/files/docs/body/treaty_on_european_union_en.pdf, p. 26 (Le lien vers le texte en français n'existe plus).

[2] http://www.assemblee-nationale.fr/13/pdf/rap-info/i0439.pdf, p.104.

[3] « Les secrets de la monnaie » de Gérard Foucher, 1996, Liberty Books.

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17 janvier 2018

012 - Le fonctionnement naturel d'un système économique.

Dans leur fonctionnement naturel et originel, système économique et système productif sont une seule et même chose.

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En dehors de l'état féodal où chacun ou chaque clan familial créée uniquement ce qu'il consomme, c'est-à-dire quand la production est communautaire – ce qui caractérise un système économique – la monnaie devient une nécessité. Le troc est en effet extrêmement rédhibitoire : il faut que A trouve la personne B qui veut se séparer du bien convoité par A, tandis que B convoite de son côté un bien donc A veut se séparer, le tout constituant un échange jugé équitable par A et B.

 

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Il faut donc que dans la communauté circule, en quantité appropriée, un moyen d'échange accepté par tous, la monnaie. Nous avons vu dans le billet n°3 « Histoire et rôle fondamental de la monnaie » que la monnaie représente un reconnaissance de dette de la communauté envers le détenteur de la monnaie pour la quantité de biens et de services correspondant au pouvoir d'achat de cette monnaie.

La question qui vient naturellement est : Comment cette monnaie est-elle mise en circulation ?

Dans l'histoire humaine, la monnaie, en général de métal précieux, a longtemps été une monnaie d'État.

Dans la Grèce antique, chaque cité avait sa monnaie. Ces dernières la mettaient en circulation en rémunérant des citoyens libres pour des services rendus à la cité avec des pièces qui pouvaient ensuite être échangées auprès de producteurs et de commerçants libres, contre de la marchandise. [1]

Dans toutes les autres sociétés de l'antiquité (Rome, la Chine, ...) et du Moyen-Âge la situation était la même, les pièces de monnaies étaient frappées par le pouvoir central (empereur, roi et autres souverains) et mises en circulation dans le système économique pour rémunérer les services rendus (armées, fonctionnaires, etc.). Ensuite cette monnaie continuait de circuler pour le commerce entre individus... et ce jusqu'à ce qu'elle soit utilisée pour payer un impôt ; elle retournait alors à la source qui l'avait émise.

Il en fut toujours ainsi jusqu'à l'avènement du système bancaire, au XVIIe siècle.

Il convient maintenant de préciser ce qu'il faut entendre quand il a été dit plus haut que la monnaie doit circuler « en quantité appropriée ».

En tant que moyen d'échange, le rôle naturel de la monnaie est de faire circuler de la richesse. Il apparaît donc tout à fait logique de se dire que la quantité de monnaie en circulation devrait être proportionnelle au taux de production de richesse. Si la quantité de monnaie en circulation augmente plus vite que le taux de production de richesse, cela tend naturellement à faire augmenter les prix. Mais si, au contraire, la quantité de monnaie en circulation augmente moins vite que le taux de production de richesse, cela ne tend pas à diminuer les prix mais plutôt la production. Nous y reviendrons.

Pour un taux de production donné, si les prix augmentent, ceux qui vivent de la vente sont favorisés mais ceux qui perçoivent des salaires et autres revenus d'un montant fixé en contrepartie de services rendus verront le pouvoir d'achat de leur épargne diminuer, il leur faudra travailler plus pour s'acheter, par exemple, la maison qu'ils envisageaient d'acquérir. Si les prix diminuent, ceux qui perçoivent des salaires fixes sont favorisés mais c'est au contraire les entrepreneurs et les commerçant qui en sont affectés. L'entrepreneur verra la rentabilité de ses investissements diminuer, puisqu'il vendra sa production à un prix inférieur à celui qu'il avait escompté au moment de son investissement. [2]

Si la baisse des prix est telle que l'entrepreneur vendait à perte, il ne pourrait laisser perdurer une telle situation qui le conduirait à la faillite ; il diminuerait alors tout d'abord sa production. Mais cela non plus n'est pas une solution pérenne, ses chaînes de production tourneraient en sous-capacité ce qui le conduirait là encore au bout du compte, en général, à la faillite si les prix ne remontaient pas rapidement à un niveau qui lui soit acceptable.

La solution pour éviter ces aléas aux uns (les consommateurs) ou aux autres (les producteurs) est que l'indice des prix soit maintenu constant [3].

Pour cela, il faut que la quantité de monnaie en circulation dans le système productif (l'économie réelle) reste proportionnelle au taux de production de richesse, c'est-à-dire que le pouvoir d'achat de la monnaie reste constant. Il faut donc que la quantité de monnaie soit automatiquement régulée par l'indice des prix [3].

Comment cela peut-il se faire ?

Si les prix ont tendance à augmenter, la quantité de monnaie en circulation doit être augmentée. L'un, l'autre ou les deux moyens suivants peuvent être utilisés : une création monétaire pour payer les dépenses publiques compensée par le même montant en réduction d'impôts ; une diminution des intérêts de l'épargne pour inciter les gens à la dépenser plutôt qu'à la conserver.

Si les prix ont tendance à diminuer, la quantité de monnaie doit être réduite. Les moyens opposés aux précédents doivent être utilisés : une augmentation des impôts, le surplus étant retiré de la circulation et détruit ; une augmentation des intérêts de l'épargne pour inciter les gens à moins dépenser et à plus épargner.

Un tel fonctionnement est par ailleurs une condition nécessaire pour que le système économique ait un comportement prévisible. Il est bien évident que pour prévoir l'évolution d'un système les grandeurs qui mesurent ses évolutions doivent être des standards fixes. Si le pouvoir d'achat varie au gré de l'imprévisibilité de la psychologie humaine (confiance dans la monnaie…), le comportement du système économique est dans son ensemble imprévisible.

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De ce qui vient d'être dit il découle que la politique monétaire (variation de la quantité de monnaie en circulation) doit être gérée par l'État ou par une fédération au sein d'une zone monétaire qui ait aussi les mêmes règles fiscales. Ainsi, seule une Banque centrale d'État - ou fédérale, dans les conditions qui viennent d'être précisées - devrait pouvoir créer de la monnaie et pas des banques privées au travers de crédits octroyés de manière non authentique (voir le billet n°3 « Histoire du système bancaire »).

 

Voilà quel devrait être le fonctionnement naturel d'un système économique.

 

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_la_monnaie

[2] « Richesse, Richesse virtuelle et Dette » de Frederick Soddy, 1926, traduction française par Jean-Paul Devos, édition Persée, 2015, p. 183.

[3] Ibid. p. 232.

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29 décembre 2017

011 - Thermodynamique et macroéconomie.

Dans « Richesse, Richesse virtuelle et Dette », Frederick Soddy cite le mathématicien et physicien français Henri Poincaré [1] :

« Vous espérez de moi que je vous dise tout sur ces phénomènes complexes. Si par malchance j’arrivais à connaître les lois qui les gouvernent, je serais impuissant. Je serais perdu dans des calculs sans fin et ne pourrai jamais fournir une réponse à vos questions. Heureusement pour nous deux, je suis complètement ignorant dans ce domaine. Je peux par conséquent vous donner une réponse tout de suite. Ceci peut paraître bizarre ; mais il y a quelque chose d’encore plus bizarre, c’est que ma réponse sera exacte. »

Puis Frederick Soddy poursuit ainsi [2] :

« Poincaré parlait des directions des vitesses et des quantités d’énergie possédées par les molécules individuelles composant la communauté d’un gaz – chaque molécule entre sans cesse en collision avec d’autres, des millions de fois par seconde, à chacune de ces collisions la distribution des vitesses et des énergies change – qu’il comparait à la simplicité du problème consistant à considérer l’énergie du gaz dans son ensemble et à définir les lois auxquelles il obéit dans tout le domaine de variation des conditions. De même, en économie, si nous essayons avant tout de suivre les modifications produites, dans la distribution de la richesse, par la circulation ou le dépôt en banque de monnaie papier ou de pièces d’or, nous serons impuissants, perdus dans des calculs sans fin, et jamais capable de fournir une réponse aux plus simples questions touchant le bien-être de l’ensemble de la communauté. Mais si nous considérons d’abord la seconde approche, et étudions les lois physiques régulant la production de richesses plutôt que son acquisition et sa distribution, bien que nous puissions ne pas être immédiatement capables de fournir une réponse à des problèmes irrésolus de l’économie nationale, nous pouvons répondre à d’autres presque sur-le-champ. C’est bizarre, mais dans la mesure où les problèmes concernent des questions de réalité physique, nous pouvons être assurés que la réponse sera exacte. »

 

011-A

En sciences physiques l'état d'un fluide se caractérise à notre échelle au moyen des variables macroscopiques que sont la pression P, la température T et la masse volumique ρ. L'état des gaz à molécules simples se décrit sur un large domaine de pression et de température par la très simple loi du gaz parfait P = ρ r T (où r est un constante dont la valeur dépend de la composition chimique du gaz considéré), ceci sans qu'il soit besoin de connaître quoi que ce soit sur la détail des mouvements des molécules individuelles qui le composent. Par exemple l'air atmosphérique qui nous entoure, composé à 99 % de molécules de diazote N2 et de dioxygène O2, se comporte comme un gaz parfait et l'on peut décrire le lien entre pression, température et masse volumique de l'air sec sans qu'il soit besoin de faire référence aux mouvements aléatoires de ses molécules qui, dans les conditions standard (P = 1013 mbars, T = 20°C) et un air au « repos » (sans vent), se déplacent à une vitesse moyenne d'environ 400 m/s.

La loi d'état de gaz à molécule plus complexe nécessite une formulation plus sophistiquée par l'ajout de termes supplémentaires à la loi idéale du gaz parfait, mais toujours sans qu'il soit besoin de connaître autre chose des mouvements individuels d'un grand nombre de milliards de molécules que des moyennes statistiques.

011-B

De même il est possible de caractériser le comportement d'un système macroéconomique sans qu'il soit besoin de disposer d'une gigantesque comptabilité enregistrant chaque flux élémentaire de biens, de services et de monnaie. Une telle comptabilité serait impossible à tenir. Mais de par la moyenne statistique qui s'applique à la dynamique régissant une collection d'un très grand nombre d'éléments, on peut toutefois caractériser précisément le comportement du système dans son ensemble. Sans cela, comme l'a dit Henri Poincaré, nous nous perdrions dans des calculs sans fin… dont les données, qui plus est, dans l'économie mondialisée d'aujourd'hui, seraient pratiquement impossible à recueillir complètement.

 

L'analyse macroscopique du système économique est ce à quoi nous allons nous intéresser à présent...

 

[1] « Richesse, Richesse virtuelle et Dette » de Frederick Soddy, 1926, traduction française par Jean-Paul Devos, édition Persée, 2015, p. 101.

[2] Ibid. pp. 101-102.

Première image : Molécules d'eau d'une goutte contenant un pigment (les plus grosses molécules) -

http://www.lerepairedessciences.fr/sciences/questions_sciences/voir_molecules.htm

 

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11 décembre 2017

010 - L'or : un standard historique.

 

010

Nous avons vu dans le billet n°2, « Histoire et rôle fondamental de la monnaie », qu'à l'origine, dans l'antiquité, les premières pièces de monnaie étaient en général en or.

La valeur de la monnaie était ainsi directement associée à la valeur de la quantité d'or, en tant que marchandise, qui constituait la pièce.

Dans l'histoire humaine, l'or a été le deuxième métal à être exploité, après le cuivre. [1] Son caractère inaltérable associé à l'attrait de sa brillance et à sa malléabilité en ont rapidement fait, dans les civilisations anciennes, une valeur d'échange comme marchandise que l'on pouvait facilement échanger contre n'importe quelle autre.

 

Nous avons ensuite vu dans le billet n°3, « Histoire du système bancaire », qu'à partir de la fin du Xe siècle les premières banques furent créées par des orfèvres chez lesquels les clients venaient entreposer leur or.

Avec le développement d'un réseau bancaire, plutôt que de déplacer de l'or, il est apparu plus pratique pour les clients comme les banquiers de réaliser les transactions par émission d'ordres écrits (qui devinrent le chèque de banque) ou de lettres de change (pour les transactions entre régions éloignées ou à l'international). Jusque-là, pour chaque ordre écrit ou lettre de change, il y avant bien derrière l'or correspondant dans le coffre d'une banque.

Et avec le développement du système de chèques, les banquiers constatèrent qu'ils étaient en possession d'un stock d'or bien plus grand qu'ils n'en avaient jamais à en décaisser. [2] C'est ainsi que les banquiers commencèrent à réutiliser la monnaie de pièces d'or qui se trouvait ainsi dormante dans leurs coffres pour la prêter. C'est à partir de ce moment-là qu'il y n'a plus eu autant d'or dans les coffres des banques que de monnaie papier (chèques, billets de banque) en circulation.

Avec la révolution industrielle du XIXe siècle – initiée en Grande Bretagne – l'accroissement de production conféré par la puissance mécanique nécessita une augmentation proportionnelle de la monnaie en circulation. La loi Bank Charter Act de 1844 limita toutefois à 14 millions £ l'émission de billets que la Banque d'Angleterre pouvait faire au-delà de la valeur de la réserve d'or qu'elle détenait [3].

Mais l'intention de cette loi de prévenir l'émission de monnaie papier non sécurisée par l'or fut déjouée par la généralisation du système de chèque. Ceci eut toutefois un effet bénéfique car les mines d'or n'auraient pu suivre le besoin imposé par la révolution industrielle, ce qui aurait freiné l'essor économique. Par ailleurs, la généralisation des chèques a permis d'éviter qu'une proportion de plus en plus grande d'énergie ne soit détournée vers l'activité improductive d'accumuler de l'or pour faire de la monnaie. [4]

En Allemagne, la loi monétaire du 9 juillet 1873 instaure une monnaie nationale, le Goldmark, basée sur un étalon-or strict – c'est-à-dire sur un taux de conversion fixe entre la monnaie papier et l'or : 1 mark = 0,358425 g d'or fin. [5-6]

Sur la période allant de 1871 à 1900, l'étalon-or sera progressivement adopté par les pays industrialisés du monde pour en faire un standard réglementant les échanges internationaux, constituant en cela un véritable système monétaire international. [7]

Mais avec l'éclatement de la Première Guerre mondiale, en 1914, le Royaume-Uni se trouve contraint d'abandonner la convertibilité des billets en or. Des bons du trésor sont monétisés pour financer l'effort de guerre. [8]

Dans un monde complètement désorganisé par la Première Guerre mondiale, le principe d'un retour à l'ordre monétaire international est établi par les accords de Gênes de 1922. Les grandes nations revinrent à l'étalon-or dans les années qui suivirent ; la France fut l'une des dernières, en 1928. Un économiste s'éleva contre la restauration de l'étalon-or par les accords de Gênes : John Keynes. Il affirma que la rareté de l'or fera courir le risque de provoquer un effondrement économique. La crise de 1929 rendit effectivement la parité avec l'or intenable dans de nombreux pays. [7]

En 1933, lors d'une conférence à Londres, les grandes nations ne parvinrent pas à un accord sur la valeur de l'or ce qui signa la fin du système monétaire international.

En juillet 1944, quarante-quatre nations alliées signèrent les accords Bretton-Woods. Ceux-ci requéraient l'établissement d'un système de gestion monétaire entre les états industrialisés de la planète, consistant en des règles et des procédures pour les relations commerciales et financières. L'accord établit le Fond monétaire international (FMI) pour réguler un système mondial de monnaies. Il était aussi exigé de chaque pays qu'il opère sous une politique monétaire qui maintienne un taux d'échange de la monnaie basé sur le dollar US, le FMI gérant les déséquilibres temporaires de paiement entre les nations. Selon le système d'échange Bretton-Woods basé sur le dollar, le dollar américain était lié à une référence or qui maintenait la monnaie à une valeur fixée, contrairement à une monnaie flottante basée sur la confiance. [9]

En 1971, Milton Friedman, président de la Réserve fédérale, persuada le président Nixon de mettre unilatéralement un terme à la convertibilité du dollar en or. Parmi les nombreuses conséquences de ce désengagement des États-Unis de ces accords, il y avait la déconnexion internationale officielle d'une monnaie fixe, c'est-à-dire d'une monnaie basée sur la valeur physique d'une certaine marchandise, l'or, permettant en cela subséquemment aux politiciens d'accumuler annuellement du déficit papier qui a déstabilisé les économies nationales à l'échelle mondiale. [9]

Les accords de la Jamaïque des 7 et 8 janvier 1976 ont mis un terme définitif au système monétaire de parité fixe mais ajustables, mettant ainsi en place un taux de change flottant, ce qui a constitué l'abandon d'un rôle légal internationalement reconnu pour l'or. [10]

 

[1] http://www.sacra-moneta.com/or/or-histoire-orcivilisation-monnaie-or-valeur-or-cotation-or-piece-or.html

[2] « Richesse, Richesse virtuelle et Dette » de Frederick Soddy, 1926, traduction française par Jean-Paul Devos, édition Persée, 2015, p. 156.

[3] Ibid, p. 162.

[4] Ibid, p. 185.

[5] https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_mon%C3%A9taire_prussienne_du_4_d%C3%A9cembre_1871

[6] https://fr.wikipedia.org/wiki/Mark-or

[7] https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89talon-or

[8] « Richesse, Richesse virtuelle et Dette » de Frederick Soddy, 1926, traduction française par Jean-Paul Devos, édition Persée, 2015, p. 167.

[9] « America is Self-Destructing » de Thomas Wallace, Author house, 2013, pp. 310-311.

[10] https://fr.wikipedia.org/wiki/Accords_de_la_Jama%C3%AFque

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03 novembre 2017

009 - La richesse-énergie est soumise aux lois de la physique.

Le caractère réel, matériel, de la richesse-énergie fait que son comportement ne peut que répondre aux lois naturelles et supérieures de la physique.

Nous avons vu dans le billet n°7 « Le rôle de l'énergie » que tout travail, toute activité humaine, ne peuvent être tirés que de la transformation d'un flux d'énergie disponible ; et il en va de même plus largement de la vie et du fonctionnement économique, culturel et politique d'une société.

009-A

Le domaine des sciences qui s'intéresse aux phénomènes de transferts d'énergie s'appelle la thermodynamique. La thermodynamique s'appuie sur deux principes. Le premier est le principe universel de conservation de l'énergie. Le second principe, le principe dit d'entropie, traduit le caractère irréversible, dans le monde réel, d'une transformation changeant l'état d'un système matériel. Ainsi, si l'on met en contact un corps chaud avec un corps plus froid, de l'énergie thermique (de la chaleur) va naturellement s'écouler du corps chaud vers le corps froid. Le phénomène inverse où de la chaleur s'écoulerait spontanément du corps froid vers le corps chaud n'a jamais été observé dans l'univers. Quand on met en contact un corps chaud avec un corps froid, c'est le corps chaud qui se refroidit et le corps froid qui se réchauffe, jamais l'inverse. Au bout d'un temps suffisant, les deux corps atteindront un point d'équilibre où ils seront à la même température et où il n'y aura plus aucun flux de chaleur. Pendant ce temps, si le système corps chaud + corps froid est thermiquement isolé du milieu environnant, son énergie thermique totale reste inchangée.

009-B

Une autre façon de concevoir le second principe de la thermodynamique est que tout système matériel évolue spontanément d'un état plus ordonné vers un état moins ordonné. Illustrons ceci avec l'exemple d'un billard américain. Au début de la partie les boules sont disposées selon un arrangement triangulaire. Lors du premier coup, le joueur frappe avec sa queue de billard une boule blanche qui vient heurter l'arrangement triangulaire des autres boules, les éparpillant sur la table de billard. Même si aucune de ces boules ne tombe dans l'un des trous du billard dès le premier coup, même le joueur de billard le plus habile vous dira que jouer ensuite le coup inverse qui ramènerait toutes les boules dans leur arrangement triangulaire initial est si improbable que personne n'a jamais réussi un tel coup et qu'il peut être jugé impossible.

Ceci traduit le caractère intrinsèquement irréversible de la transformation des systèmes matériels. Nous n'allons bien sûr pas entrer ici dans les méandres de cette science particulièrement complexe qu'est la thermodynamique.

Nous nous limiterons à noter que des implications dans notre vie courante en sont : que les biens matériels se dégradent inexorablement avec le temps ; que nous vieillissons ; et, plus largement, que nous avons la perception d'un temps qui passe.

Elle implique aussi que la matière inerte de l'univers devient de plus en plus désordonnée. Le seul phénomène qui y crée localement plus d'ordre est la vie. Mais afin de continuer d'exister cette dernière doit en permanence pouvoir consommer un flux d'énergie disponible en provenance du monde inanimé, en y créant ainsi plus de désordre que d'ordre n'est créé dans le système vivant.

Plus une société devient mature, donc ses structures de fonctionnement deviennent complexes, et plus elle tend à consommer de l'énergie par habitant et à créer de désordre dans son environnement.

Un autre aspect des choses est que l'avancement technologique d'une société lui permet de consommer plus efficacement (avec moins de pertes) ses ressources en énergie et d'en maîtriser de nouvelles.

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31 octobre 2017

008 - Les deux catégories de richesse.

 

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[1] Le concept de richesse-énergie qui vient d'être invoqué dans le précédent billet a amené Frederick Soddy à considérer deux catégories de richesse, les richesses périssables et les richesses durables, qu'il a respectivement nommées Richesse I et Richesse II. Les richesses périssables tirent leur utilité de l'énergie disponible qu'elle contiennent et qui est libérée au moment de leur consommation. Ces richesses périssables (Richesse I) comprennent notamment la nourriture et les combustibles. L'autre catégorie de richesse, les richesses durables, ne contient plus d'énergie disponible, celle-ci a été consommée pour sa fabrication. L'utilité de cette catégorie de richesse tient dans sa durabilité. Cette catégorie comprend notamment les vêtements, les maisons et leur mobilier, les outils, les usines, les infrastructures, les moyens de transport et plus largement tout le capital nécessaire pour la production de futures richesses.

De ce qui a été vu jusqu'ici nous pouvons dire que le bien-être humain est tributaire d'un flux continue d'énergie disponible utilisé soit dans la consommation de la Richesse I, soit dans la fabrication (et l'entretien) de la Richesse II.

 

[1] « Richesse, Richesse virtuelle et Dette » de Frederick Soddy, 1926, traduction française par Jean-Paul Devos, édition Persée, 2015, p. 127.

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