Économie scientifique

13 septembre 2018

022 - Le Grand Complot de la haute finance (partie 3).

« À la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'une des tâches les plus pressantes pour les nations alliées était de reconstruire le système économique et financier international ; de ce fait, en juillet 1944, quarante-quatre nations alliées signèrent les accords Bretton-Woods. Ceux-ci requéraient l'établissement d'un système de gestion monétaire entre les états industrialisés de la planète, consistant en des règles et des procédures pour les relations commerciales et financières. L'accord établit le Fond monétaire international (FMI) pour réguler un système mondial de monnaies. Il était aussi exigé de chaque pays qu'il opère sous une politique monétaire qui maintienne un taux d'échange de la monnaie basé sur le dollar US, le FMI gérant les déséquilibres temporaires de paiement entre les nations. Selon le système d'échange Bretton-Woods basé sur le dollar, le dollar américain était lié à une référence or qui maintenait la monnaie à une valeur fixée, contrairement à une monnaie flottante basée sur la confiance.

En 1971, Milton Friedman, président de la Réserve fédérale, persuada le président Nixon de mettre unilatéralement un terme à la convertibilité du dollar en or. Parmi les nombreuses conséquences de ce désengagement des États-Unis de ces accords, il y avait la déconnexion internationale officielle d'une monnaie fixe, c'est-à-dire d'une monnaie basée sur la valeur physique d'une certaine marchandise, permettant en cela subséquemment aux politiciens d'accumuler annuellement du déficit papier qui a déstabilisé les économies nationales à l'échelle mondiale. À Washington, les carrières des politiciens pouvaient à présent devenir prospères en utilisant le principe financier d'emprunter, imprimer et dépenser, en léguant simplement la dette aux générations futures. La fin de Bretton-Woods nous donne une illustration sur la manière dont l'action d'un gouvernement en termes de politique fiscale et monétaire peut conduire à des problèmes majeurs et à long terme, dus non pas à la nature du changement politique en lui-même mais aux mauvais comportements qu'il encourage. » [1]

C'est à partir de ce moment-là que se développa la thématique actuelle selon laquelle la cupidité est bonne pour l'économie, [1] thématique à l'origine de la crise financière qui éclata en 2007.

022-A

« En quelques décennies, progressivement et systématiquement, l'influence de riches institutions réussit à infiltrer le Congrès et à amenuiser les restrictions de la législation Glass-Steagall [de 1933, voir billet 18]. Des grosses sociétés et de riches individus, ceux en lien avec la Réserve fédérale, les entreprises de Wall Street, les agences de notation des obligations, Fanny Mae et Freddy Mac, et des politiciens en position de pouvoir réussirent ainsi à saper la réglementation de l'industrie, augmentant énormément leur profitabilité. En 1992, le Congrès passa la loi Federal Deposit Insurance Corporation Improvement, qui permettait aux banques de ne maintenir un total des actifs qui ne soit que de 5 % du capital, à l'époque, le plus bas du monde. » [2]

Au cours du milieu des années 1990, les efforts du secteur financier américain pour réduire le capital exigé et pour libéraliser d'autres restrictions sur les investissements ont été facilités par la réglementation de 1996 du Comité de Bâle. Cette réglementation donnait aux banques internationales un moyen par lequel moins de capital pouvait être immobilisé derrière plus d'actifs risqués. Par ailleurs, une importante nouvelle règle de la Réserve fédérale autorisait en substance des instruments financiers complexes permettant d'utiliser de la dette pour donner une fausse apparence d'une condition financière plus solide.

En 1996, l'Office of Thrift Supervision (OTS), l'agence fédérale de régulation supervisant l'épargne et l'industrie du prêt, contribua à la déréglementation quand elle enleva la restriction sur les prêts avec pénalités de remboursement anticipé. Puisque cette disposition réduisait le risque d'investissement, elle fut rapidement adoptée pour les prêts hypothécaires à taux fixe ou variable.

022-B

En 1997, le Department of Housing and Urban Development (HUD) décida que Fannie Mae et Freddie Mac pourraient acheter plus de prêts hypothécaires à risque en diminuant les niveaux de souscription pour les prêts qu'ils achetaient ou qu'ils conditionnaient en les convertissant en titres. Il peut être remarqué que les politiciens considéraient les prêts hypothécaires de Fannie Mae et Freddie Mac comme un moyen de maximiser le nombre de propriétaires et atteindre en cela le rêve américain, ce qui leur attirerait les faveurs d'un électorat à bas revenu qui pourrait de la sorte se trouver éligible pour un prêt hypothécaire. D'un autre côté, l'industrie de la finance escomptait une croissance et des profits appréciables si les critères du prêt hypothécaire pouvaient être relâchés, d'indésirables restrictions sur cette industrie supprimées, et si l'on pouvait parvenir à une diminution du risque pour l'investisseur. Cette incitation gagnant-gagnant pour le monde des affaires et celui de la politique permettait aux institutions de Wall Street d'acquérir un très grand nombre de prêts hypothécaires à risque pour les conditionner en trillards de dollars de titres adossés aux prêts hypothécaires.

Le HUD demanda à Urban Institute, un groupe de recherche en politique économique, d'examiner les performances de Fannie et Freddie dans des prêts accordés dans le domaine problématique de personnes à bas revenus. Son rapport, publié en avril 1999, jugea que les niveaux de souscription étaient trop élevés, que l'on avait besoin de produits d'emprunt plus flexibles, et que l'on pouvait octroyer des prêts à des personnes à plus bas revenus. On remarquera que trois des quatre auteurs du rapport « avaient de forts liens avec Fannie Mae… et que tous trois avaient été au bout de la chaîne de fonds de recherche financés par la Fannie Mae Foundation.

Trois mois plus tard, de nouveaux objectifs rendant l'accès au logement plus accessible furent établis pour Fannie et Freddy ; ceux-ci incluaient de nouvelles règles exigeant que 50 % des prêts hypothécaires émis profitent aux familles à bas ou modestes revenus, avec la perspective que vingt-huit millions de familles en profitent. Depuis 1992, ce pourcentage a été augmenté d'une valeur initiale de 30 % jusqu'à une valeur réalisée de 42 % en 1999, avant d'être augmenté à un nouveau minimum de 50 % en 1999. À cette époque, le président Clinton affirmait que 66 % des Américains possédaient leur logement.

Au bout du compte, le secteur financier et ses alliés à Washington réussirent, en 1999, à faire passer la loi Financial Services Modernization qui consiste en substance en une abrogation de la loi Glass-Steagall. Le principal promoteur de la cause était un poids lourd institutionnel, Stanford J. Weill, qui voulait fusionner Travelers Group avec City Bank pour former Citigroup, ce qui aurait été illégal sous la loi Glass-Steagall. Avec la nouvelle législation, les fonctions bancaires commerciales et d'investissement pouvaient à nouveau être légalement entremêlées, comme dans les années qui ont précédé la crise de 1929, permettant une plus grande prise de risque mais potentiellement créatrice de plus grands profits institutionnels. [2]

[1] « America is Self-Destructing », Thomas Wallace, 2013 ; Author House, Bloomington, Indiana ; pp. 310-311.

[2] ibid ; pp. 310-315.

Posté par jpdevos91 à 22:40 - Commentaires [0] - Permalien [#]


02 septembre 2018

021 - Le Grand Complot de la haute finance (partie 2).

L'effort coordonné de grandes entreprises et de riches individus pour influer sur la politique du gouvernement fédéral américain se concrétisa par une plus grande présence du monde de l'entreprise et des affaires à Washington. De 100 agences en 1968, cette présence passa à plus de 500 agences en 1978. Parallèlement, le nombre de lobbyistes enregistrés passa de 175 cabinets en 1971 à environ 2 500 en 1982. [1]

T. Wallace écrit [2] : « Les grandes entreprises ont démontré que de vastes ressources financières et humaines, utilisant des compétences professionnelles spécialisées dans le droit, la finance publique, la comptabilité, la marketing et les médias, sont capables d'influencer efficacement le public et de réussir à développer et à entretenir un soutien politique des deux partis. En 1995, une initiative couronnée de succès, dans le cadre législatif, le Private Securities Litigation Reform Act (Loi de réforme pour les contentieux sur les placements privés) reçut un soutien bipartisan ; la loi avait pour objet de réduire les poursuites judiciaires de titulaires d'actions contre des entreprises qui auraient publiées de fausses informations. Cette démarche était intégrante d'un effort continu visant à réduire la réglementation et le contrôle d'activités commerciales d'entreprises, pouvant être inconvenantes mais profitables.

021-A

 

De ce fait, les entreprises du pétrole, de la banque, de l'investissement, des télécommunications, de l'automobile et de la chimie arrivèrent à une position de pouvoir où le milieu des affaires peut gravement influencer la nature, l'éthique et la vitalité de l'économie de la Nation. Il est devenu habituel pour les lobbyistes de dépenser, comme cela est officiellement rapporté, plus de 3 milliards de $ par an, somme qui se trouve substantiellement augmentée par les canaux de financement officieux.

 

 

021-B

Par ailleurs, la haute finance a ajouté le concept de « groupe de réflexion » à son arsenal d'outils d'influence, conçus pour manipuler l'opinion politique américaine et la politique publique, ainsi que pour doter les politiciens et les experts de supports structurés de débat, formulés par des groupes de réflexion de type universitaire, ainsi que par d'anciens élus politiques et leurs équipes. Ainsi, durant les années 1960 et 1970, de riches individus, des fondations familiales et des entreprises créèrent des machines de propagandes conservatrices se présentant comme des organisations de recherche pseudo-universitaires contribuant à un message conservateur biaisé destiné à divers organes de presse publique. De tels groupes de réflexion de droite comprennent l'American Enterprise Institute et l'Heritage Foundation - supportés financièrement par des familles fortunées bien connues comme Coors, Mellon et Kock – ainsi que des médias portés par les mêmes idées, tels que le Public Interest et l'America Spectator. Combinés aux efforts menés par les lobbyistes de Washington, disposant tous d'un financement illimité, ils sont devenus un force dominante pour forger l'opinion publique et manipuler la politique américaine.

Ainsi, de grandes entreprises, de riches individus et des groupes d'intérêts particuliers financent un éventail d'efforts concernant des questions, des politiques et des objectifs sociaux et économiques pour gagner les esprits et le soutien politique d'élus, de faiseurs d'opinion et d'électeurs. Une prolifération de messages soigneusement sélectionnés et magistralement construits est créée et distribuée, parfois sous l'apparence d'une éducation impartiale du public mais, le plus souvent, sous la forme d'un prosélytisme visant à déplacer l'opinion publique et la dynamique politique vers des objectifs conservateurs définis en faisant souvent appel à une information incomplète, trompeuse ou imprécise. Ces efforts sont des exemples infâmes d'une perte d'intégrité intellectuelle et d'éthique à son paroxysme, et sont pourtant souvent tolérés, alors qu'ils prêchent la haine dans une démocratie… »

T. Wallace poursuit ainsi [3] : « À partir des années 1960 et 1970, le milieu américain des affaires défia plus vigoureusement les efforts du gouvernement visant à imposer, en tant que coûts commerciaux, des objectifs socialement orientés vers les employés, des réglementations environnementales et des responsabilités de protection des consommateurs. Ces efforts furent perçus comme des ingérences d'un gouvernement tentant de restreindre le mécanisme de marché libre et furent vus comme des violations du droit privé du commerce ; ils déclenchèrent une action unifiée d'entreprises pour rechercher une protection sous le US Bill of Rights. Ainsi, les efforts du gouvernement pour protéger les droits individuels associés à l'emploi, à l'environnement et au consumérisme à l'intérieur d'une nation industrialisée moderne, furent présentés comme étant en conflit avec le droit des entreprises privées de maximiser les profits.

La lutte qui s'en suivit entre un pouvoir d'entreprise privée défiant le pouvoir public et l'État qualifié de régulateur, catalysa une importante unification du monde des affaires pour coopérativement planifier, financer et exercer des pressions pour des intérêts communs. En conséquence, l'entreprise consistant à mobiliser des ressources dans le secteur de l'entreprise et des plus riches Américains pour influencer les élections et prendre le contrôle de la politique et des processus gouvernementaux pris des proportions considérables. Des supercitoyens créèrent un système extrêmement efficace de prise de pouvoir sur le système de gouvernance de la Nation. »

[1] « America is Self-Destructing », Thomas Wallace, 2013 ; Author House, Bloomington, Indiana ; p. 300.

[2] Ibid ; pp. 301-302.

[3] Ibid ; pp. 302-303.

Posté par jpdevos91 à 22:39 - Commentaires [0] - Permalien [#]

20 août 2018

020 - Le Grand Complot de la haute finance (partie 1).

Durant la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont été l'un des seuls états impliqués dans la guerre à ne pas avoir connu de destructions matérielles sur son territoire (hormis Pearl Harbour). Cette période de conflit s'est par ailleurs accompagnée d'une transformation de l'industrie civile en une industrie de guerre très performante, avec une course à de nouvelles technologies militaires (aéronautique, atome, médecine, nouveaux matériaux…).

Ceci, ajouté au « baby boom » d'après guerre et à l'émergence d'un modèle social tourné vers la consommation (« la société de consommation »), a engendré une importante croissance de l'économie américaine. [1] Elle durera jusqu'à l'entrée dans une période de récession en avril 1960, [2] survenue après que la Réserve fédérale avait augmenté, en 1959, ses taux d'intérêts de 3,99 à 7,25 %. [3] Cette récession durera 10 mois ; elle prendra fin en février 1961 suite à l'élection, en janvier 1961, de John Fitzgerald Kennedy en tant que 35e président des États-Unis.

020-A

J.F. Kennedy adhérait à une vision keynésienne de l'économie. Il mit en œuvre une politique de lutte contre la pauvreté et les discriminations. Kennedy injecta rapidement des milliards dans l'économie, il n'avait pas besoin de l'approbation du Congrès pour le faire. Il pilota directement les agences fédérales pour qu'elles anticipent le budget de leurs dépenses aussi vite que possible. Il abandonna un milliard de dollars d'aide aux autoroutes, il accéléra le paiement d'aides agricoles, le remboursements d'impôts et de dividendes d'assurance vie aux GIs. Il créa un programme d'aide alimentaire et étendit les agences pour l'emploi. Il demanda à la Réserve fédérale d'utiliser ses opérations de marché ouvert pour acheter des bons du Trésor afin de maintenir un taux bas d'intérêts à long terme et fit abaisser les taux à court terme de 4 % à 1,98 %. Le résultat fut que le PIB passa de 2,6 % en 1961 à 6,1 % en 1963. Mais cela s'accompagna d'une augmentation de la dette nationale de 23 milliards de dollars sur cette période (soit une augmentation de 8%). Kennedy a clairement dit que les dépenses gouvernementales continueront aussi longtemps que nécessaire pour non seulement mettre fin à la récession mais pouvoir repartir sur des bases solides. [3]

Une époque où la gouvernance faisait passer l'intérêt général avant celui du milieu de la finance.

020-B

Kennedy fut assassiné à Dallas le 22 novembre 1963.

Au cours de années 1960 l'économie américaine vit une augmentation de la concurrence internationale avec, en particulier, la fin de la reconstruction de l'Europe – dont la production fut relancée – puis l'émergence des économies asiatiques et notamment celle du Japon. Certaines industries américaines, comme celle de l'automobile, perdirent en compétitivité et déclinèrent. L'inflation apparut, les exportations baissèrent. La guerre de Vietnam coûtait très cher. La balance des paiements se retrouva en déficit et les réserves d'or du pays diminuèrent. [1]

Au cours de cette même période une crise urbaine s'installa à travers les États-Unis. Des ghettos de pauvreté naquirent dans les centres-villes, dans lesquels des communautés se regroupèrent (noire, latino). La communauté noire lança des mouvements de lutte contre la ségrégation, non-violents (pasteur Martin Luther King assassiné en 1968) ou plus radicaux (comme celui des Black panthers). En parallèle des mouvements de contre-culture se développèrent (féministe, hippie). Le président L. B. Johnson, qui succéda à J. F. Kennedy, garda un peu de la philosophie de gouvernance de son prédécesseur en menant une politique sociale en faveur des personnes âgées, des pauvres, des Noirs. [1]

Pendant ce temps, une mentalité matérialiste égocentrique s'était profondément ancrée parmi les riches individus, qui virent dans ce contexte une situation qui ne leur paraissait pas évoluer favorablement pour eux. Unis par une collusion d'intérêts, ils mirent en commun de grand moyens financiers pour influer en leur faveur sur la politique gouvernementale dont ils craignaient qu'elle s'oriente vers plus de la régulation. C'est le début du Grand Complot de la haute finance, aux États-Unis. [4]

Ainsi, à la fin du mandat de L. B. Johnson (démocrate), un candidat plus conservateur, R. M. Nixon (républicain), parvint à se faire élire en janvier 1969.

 

[1] https://www.assistancescolaire.com/eleve/TSTMG/histoire/reviser-le-cours/les-etats-unis-de-1945-a-1991-tstt_his_16

[2] https://en.wikipedia.org/wiki/Recession_of_1960%E2%80%9361

[3] https://www.thebalance.com/president-john-f-kennedy-s-economic-policies-3305560

[4] « America is Self-Destructing », Thomas Wallace, 2013 ; Author House, Bloomington, Indiana ; chapitre VIII Big Money's Grand Scheme.

Posté par jpdevos91 à 23:16 - Commentaires [0] - Permalien [#]

019 - Les Trente Glorieuses.

L'expression « Les Trente Glorieuses », fut introduite en 1979 par l'économiste français Jean Fourastié (1905-1990) pour désigner la période allant de 1945 à 1975. Elle est devenue un label pour désigner plus largement la période historique de croissance économique soutenue que connurent les pays occidentaux à cette époque. [1]

019-A

À la libération du pays, le peuple de France était plein d'espoir en l'avenir, le pays était à reconstruire ce qui a généré une grande activité économique financée avec l'aide du plan Marshall américain. Au-delà d'un simple élan de solidarité, ces derniers trouvaient un intérêt à relancer l'économie de l'Europe de l'Ouest afin de ne pas favoriser une propagation de l'influence de l'Union Soviétique. L'activité économique fut également soutenue par une forte natalité (le baby boom), une forte innovation technologique catalysée par les efforts de recherche militaire engagés pendant la Seconde Guerre mondiale (d'où sont nés notamment le moteur à réaction et la maîtrise de l'énergie de fission nucléaire) et une forte exploitation des gisements de pétrole et autres ressources auxquelles la France, comme d'autres pays occidentaux, avaient directement accès dans de nombreuses colonies. Les moyens financiers et les politiques gouvernementales étaient donc essentiellement tournés vers la reconstruction et le développement du système productif.

019-B

Il faut toutefois nuancer les choses quant aux effets sur la vie quotidienne des Français qui ne devinrent manifestes que tardivement. Les bénéfices de la croissance ont d'abord été absorbés par la reconstruction et les investissements productifs, puis par les guerres coloniales. Ce n'est qu'à partir de 1965 que l'équipement des ménages en biens durables (télévision, voiture, machine à laver, aspirateur) a dépassé 50 % (sauf pour le réfrigérateur dont un ménage sur deux était équipé à partir de 1963). [1]

[1] https://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=RHMC_601_0155

Posté par jpdevos91 à 09:39 - Commentaires [0] - Permalien [#]

28 juin 2018

018 - La crise de 1929.

Nous avons vu dans le billet n° 16 que la bourse de New York, créée en 1792 avec seulement 5 titres cotés, s'est ensuite rapidement développée avant d'adopter son mode de fonctionnement moderne en 1896 avec la création de l'indice Dow Jones qui permettait, pour la première fois, de refléter la tendance générale d'un ensemble d'actions.

La Première Guerre mondiale passée, les années 1920 furent une époque de paix, de prospérité et de boom culturel qui vit un développement de l'industrialisation et de popularisation de nouvelles technologies telles que la radio, l'automobile et l'aviation. [1]

À partir de 1921 le cours du Dow Jones s'envola, suscitant une rapide expansion de la spéculation sauvage. Les banques US accordaient des crédits pour acheter des actions en bourse. Avec 100 $ de dépôt on pouvait avoir jusqu'à 900 $ de crédit pour acheter des actions. [1] Ces 900 $ pour 100 $ étaient de la création monétaire incontrôlée (voir billet n°3 pour le contexte).

« Investir en bourse devint rapidement le passe temps favori des américains alors que les investisseurs espéraient réaliser de gros gains. Des investisseurs hypothéquèrent leur maison et investirent les économies d'une vie dans des actions risquées telle que Ford et RSA (*). Pour l'investisseur moyen, les actions étaient une placement sûr. Peu de gens s'étaient réellement penchés sur la situation financière et le domaine d'activité des entreprises dans lesquelles ils investissaient. Des milliers de sociétés furent frauduleusement créées pour berner des personnes crédules. Beaucoup d'investisseurs n'imaginaient même pas qu'un krach boursier soit possible – dans leurs esprits, un marché d'action devait toujours progresser. » [1]

(*) Entreprise US d'exploitation minière et pétrolière.

018-A

De 1921 à 1929, le Dow Jones progressa de 60 à 400 points. « En 1929, la Réserve fédérale augmenta plusieurs fois les taux d'intérêt afin d'essayer de calmer une économie et des marchés financiers en surchauffe. Le jeudi 24 octobre 1929 un vent de panique poussa les investisseurs à vouloir vendre précipitamment leurs actions quand ils réalisèrent que leur boom inflationniste était en réalité une bulle spéculative. » Le cours des actions s'effondra le lundi noir 28 octobre et le mardi 29 octobre. De nombreux investisseurs se retrouvèrent presque instantanément en faillite. [1]

Au cours du mois de novembre 1929, le Dow Jones retomba de 400 à 145 points. À la fin de 1929 16 milliards de dollars de capitalisation étaient partis en fumée.

Mais il y eu pire encore. De nombreuses banques avaient investi leurs dépôts dans les marchés financiers et perdirent ainsi l'épargne de leurs déposants quand les actions plongèrent. Les banques se retrouvèrent rapidement en défaut de liquidité quand leurs clients voulurent retirer leurs économies tous en même temps. Les grandes banques et sociétés de courtage devinrent insolvables, amplifiant le krach des marchés d'actions. Le système financier était exsangue. Beaucoup de riches spéculateurs soudainement en faillite se suicidèrent en se jetant du haut des buildings. Même des client de banques qui n'avaient pas investies dans des actions se retrouvèrent sur le carreau alors que 140 milliards de dépôts avaient disparu et que 10 000 banques avaient fait faillite. [1]

018-B

Mais le krach des marchés action de 1929 ne fit pas que des perdants. Certains avaient compris à l'avance qu'une bulle spéculative allait exploser. Ainsi un certain Jesse Livermore vendit ses actions avant qu'elle ne s'effondrent et les racheta après la baisse empochant ainsi un gain de 100 millions de dollars. Joseph Kennedy, le père du président J. F. Kennedy, en fit de même et gagna lui aussi des millions de dollars. [1]

Par la suite de nombreux travailleurs américains perdirent leur emploi et une pauvreté de masse s'instaura. D'anciens hommes d'affaires millionnaires en furent réduits à vendre des pommes et des crayons aux coins des rues. Un tiers des Américains vivaient à présent au-dessous du seuil de pauvreté. [1]

Le chômage augmenta jusqu'à un taux de 23 % au cours de l'année 1933. Ensuite le PIB commença à recroître. Il retrouva son taux d'avant-crise en 1939 puis la croissance se poursuivit et le taux de chômage décrut rapidement jusqu'à un minimum de 2 % en 1943. [2]

La période allant du krach de 1929 à 1939 est appelée la Grande Dépression.

Quant au Dow Jones, il fallut attendre 1955 pour le voir battre son plus haut d'avant le krach de 1929. [1]

018-C

Le krach de 1929 et le début de la Grande Dépression qui a suivi ont conduit le Congrès américain à s'inquiéter des pertes que la volatilité des marchés d'action pour faire subir au système d'opérations commerciales et de paiements des banques. Une loi fut conçue dont la principale motivation fut le désir de restreindre l'usage des banques de crédit pour la spéculation et de diriger le crédit bancaire vers des usages plus productifs tels que le commerce, l'industrie et l'agriculture. Cette loi fut dénommée loi Glass-Steagall du nom de ses deux principaux promoteurs, Carter Glass, un ancien secrétaire au Trésor, et Henry Steagall, président du Comité des banques et de la monnaie. Elle fut promulguée en juin 1933 par le président Franklin D. Roosevelt. Ses principales dispositions visaient à véritablement séparer les activités de banque commerciale et de banque d'investissement. En pratique, les banques commerciales qui recevaient les dépôts et octroyaient des prêts n'eurent plus le droit de faire du commerce de titres, tandis que les banques d'investissement, qui faisaient du commerce de titres, ne furent plus autorisées à avoir de liens étroits avec les banques commerciales, tels qu'avoir une direction commune et les mêmes propriétaires. Après la promulgation de la loi, chaque institution financière eut un délai d'un an pour décider si elle se spécialisait en banque commerciale ou en banque d'investissement. Il était interdit à une banque commerciale de voir plus de 10 % de ses revenus provenir du commerce de titres. [3]

[1] http://www.thebubblebubble.com/1929-crash/

[2] https://en.wikipedia.org/wiki/Great_Depression

[3] https://www.federalreservehistory.org/essays/glass_steagall_act

Posté par jpdevos91 à 17:15 - Commentaires [0] - Permalien [#]


03 juin 2018

017 - Informatisation de la finance.

Nous avons vu dans le précédent billet n°15 qu'à Wall Street fut instauré en 1971 un nouvel indice Nasdaq qui regroupait essentiellement des entreprises du secteur de la technologie de l'information. Ce n'est donc pas une surprise que cet indice ait été, dès sa création, un marché d'action électronique. Au début ce n'était toutefois qu'un simple système de cotation qui ne permettait pas de faire des transactions électroniques. Au fil des années, le système de transactions du marché d'actions Nasdaq devint de plus en plus électronique et c'est ce marché qui instaura le passage d'ordres en ligne. Il attira bien évidemment des entreprises telles que Microsoft, Apple, Oracle, etc. [1]

C'est en 1985 que vit le jour aux USA la première plate-forme grand public permettant d'effectuer des transactions boursières en ligne : Trade*Plus. [2]

Par ailleurs, en 1988 fut posé le premier câble optique transatlantique, le TAT-8. Ce n'est très probablement pas un hasard s'il reliait l'Angleterre et la région de New York.

En effet, en 1992, grâce au TAT-8, le marché d'action Nasdaq fut électroniquement relié à celui de Londres pour former le premier marché de titres intercontinentalement connecté. [1] Ce fut là le début d'Internet.

En 1994, le premier site Internet de transactions boursières en ligne fut mis en place par la société de courtage US : K. Aufhauser & Company. [2]

L'informatisation de flux d'ordres pour les marchés financiers de Wall Street commença au début des années 1970, mais ils s'exécutaient manuellement. Des programmes s'exécutant automatiquement se répandirent dans les années 1980. [3] Depuis 2014, plus de 75 % des transactions boursières de Wall Street sont générées par des systèmes de passage d'ordre automatisés (ATS : Automated Trading System). [4]

017-

Chaque place financière possède a priori aujourd'hui un centre de données des marchés d'action sous la forme de serveurs informatiques qui sont reliés via un service de distribution en réseau aux fournisseurs de services financiers et aux centres de données des maisons de courtage (image X). Toute cette architecture fonctionne via Internet avec des protocoles IP, des technologies et des routeurs spécifiques. [5]

On se doute bien que les serveurs serveurs informatiques servant de centre de données à une place boursière doivent être physiquement situés dans des lieux secrets et ultra sécurisés.

L'informatisation des différents marchés de la Bourse de Paris s'est opérée de 1988 à 1998. La célèbre corbeille du palais Brongniart fut démontée le 10 juillet 1987. Le printemps 1998, marqua la fin de la dernière criée.

[1] https://en.wikipedia.org/wiki/NASDAQ

[2] https://en.wikipedia.org/wiki/Investing_online

[3] https://en.wikipedia.org/wiki/Algorithmic_trading

[4] https://en.wikipedia.org/wiki/Automated_trading_system

[5] https://www.cisco.com/c/dam/en_us/solutions/industries/docs/finance/md-arch-ext.pdf

Posté par jpdevos91 à 19:04 - Commentaires [0] - Permalien [#]

20 mars 2018

016 - Les bourses.

Une bourse est un marché d'actions, une action représentant une part de titre de propriété d'une entreprise ou d'une société.

016-A

Le concept d'action a été inventé en 1250 à Toulouse par la Société des moulins de Bazacle – qui regroupait 60 moulins flottants. En fin d'année chaque investisseur actionnaire recevait en nature (en farine) sa part des bénéfices de la société. [1]

Nous avons vu dans le billet numéro 3 que c'est en Italie que, après la création de la première banque à Venise en 1151, les Médicis créèrent le premier réseau de banques. À cette époque, la ville flamande de Bruges était le principal partenaire commercial de Venise. C'est au moment au le réseau de banques des Médicis s'internationalise qu'est créée, en 1379, la première place boursière à Bruges.

Bruges avait bénéficié d'un accès direct à la mer après un raz-de-marée qui s'était produit en 1134. C'est après que le port de Bruges s'est à nouveau trouvé ensablé, qu'Anvers devint la première place boursière d'Europe vers le début du XVIe siècle. C'est en 1592 qu'y apparaît la première liste publiant les cotes des matières premières. [1]

Au XVIIe siècle, c'est Amsterdam qui devint la capitale mondiale du commerce international et de la finance et par voie de conséquence la première place boursière mondiale. Il s'y développa un marché financier sophistiqué et la première cotation d'une multinationale, la Compagnie hollandaise des Indes, y vit le jour en 1641.

016-C

C'est au même moment que naquit, en 1639, une bourse de Paris. C'est en 1826 qu'elle s'installa dans le bien connu palais Brongniart.

La bourse de Londres vit pour sa part le jour en 1776, à la naissance de la révolution industrielle, l'année même où Adam Smith érigeait, à Glasgow sa théorie de l'économie et alors qu'en 1774 James Watt venait de perfectionner sa machine à vapeur dans cette même ville [2].

Au cours du XIXe siècle les places boursières proliférèrent à travers le monde.

 

 

016-B

La bourse de New York – aujourd'hui mondialement connue par le nom de Wall Street – fut quant à elle créée en 1792 où uniquement 5 titres y étaient cotés. Mais l'activité y croit ensuite très vite pour atteindre 380 000 actions dès 1817. [3]

Dès lors la City de Londres et Wall Street se disputèrent le titre de première place financière mondiale.

Tout comme existent des indices des prix à la consommation basés sur un certain ensemble de produit jugés pertinents, il a été aussi créé sur les places boursières des indices reflétant l'évolution des cours d'un certain ensemble d'action donnant le tendance générale des marchés financiers.

À la bourse de New York l'indice Dow Jones fut créé en 1896 et contenait alors 12 entreprises américaines. Aujourd'hui il regroupe les 30 plus grosses entreprises US. [4] Mais il y existe d'autres indices plus récents. Standard & Poor's Financial Services créa son indice en 1923 sur un petit nombre d'actions qui furent étendues à 90 en 1926. C'est en 1957 que son nombre d'actions fut étendu à 500 et que l'indice prit son nom actuel de S&P 500. Le Nasdaq, autre indice connu, fut pour sa part créé en 1971, et il repose sur 50 entreprises dont beaucoup sont dans le secteur de la technologie de l'information.

À la bourse de Paris, il n'y avait que 7 actions cotées en 1800, 26 en 1826, plus de 800 en 1900 et environ 1 200 de nos jours. La création du premier indice est récente. Le CAC 40 fut introduit le 31/12/1987 après l'informatisation de la finance (CAC = Cotation Assistée en Continu). Il regroupe les 40 plus grandes entreprises françaises en termes de capitalisation. [5] Il y a aujourd'hui différents autres indices comme le SBF 120 qui regroupe les 120 plus grandes entreprises cotées à la bourse de Paris.

Les indices constituent aussi des actions que les investisseurs prudents peuvent acheter pour répartir le risque sur un nombre étendu d'actions et pour des investissements sur le long terme, un tel portefeuille d'actions étant a priori moins sensible à des fluctuations brutales qu'une action individuelle.

016-D

Le palais Brongniart accueillit la bourse de Paris jusqu'au 13 juillet 1987 qui marqua l'informatisation de la finance. Le cœur de l'activité était matérialisé par une grande « corbeille » autour de laquelle se regroupaient – tous les jours de 12h à 14h30 - les agents de change les plus importants. Un son de cloche marquait le début et la fin de la séance. Les évolutions des cotations étaient effacées puis réécrites à la craie sur un tableau situé au-dessus d'une passerelle murale. [6] Un « coteur » était affecté à chaque groupe de cotation. Pour passer les ordres les commis devaient attirer l'attention du coteur en criant « j'ai » avec les bras levés et les paumes tournées vers l'extérieur lorsqu'ils avaient des titres à vendre, et « je prends » avec les bras levés et les paumes tournées vers l'intérieur lorsqu'ils en avaient à acheter. Le coteur enregistrait les prix et les ajustaient jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'offre supérieure ni de demande inférieure afin de maximiser le nombre d'échanges sur chaque titre. Les valeurs cotées étaient ainsi passées en revues l'une après l'autre, la plupart des valeurs n'étant cotées qu'une seule fois par jour. [7]

 

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_des_bourses_de_valeurs

[2] « Richesse, Richesse virtuelle et Dette » de Frederick Soddy, 1926, traduction française par Jean-Paul Devos, édition Persée, 2015, p. 27.

[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/New_York_Stock_Exchange

[4] http://www.finances.net/indice/Dow_Jones

[5] http://france-inflation.com/graph_cac40.php

[6] http://www.palaisbrongniartblog.fr/la-corbeille-au-coeur-de-la-bourse/

[7] https://www.mataf.net/fr/bourse/edu/formation-bourse/la-bourse-de-paris-avant-l-informatique-le-parquet-la-corbeille-la-criee

Posté par jpdevos91 à 11:53 - Commentaires [0] - Permalien [#]

12 mars 2018

015 - L'accumulation de capital et le taux de consommation de richesses périssables.

Nous avons vu (billet n°1) que la vie sociale – donc les sociétés et les civilisations – et même la vie elle-même, ce peuvent exister et prospérer que par une « consommation » d'énergie qui consiste en réalité en une transformation d'une forme d'énergie disponible en une forme indisponible au travers d'un processus dont on tire un travail utile. Les lois de la physique définissent l'énergie comme ce qui se conserve dans tout processus :

énergie disponible = travail utile + énergie perdue (indisponible).

Les sources d'énergie à partir desquelles un travail utile peut-être tiré et l'efficacité avec laquelle cela peut-être réalisé dépendent des connaissances scientifiques et de l'ingéniosité humaines. De l'énergie disponible est libérée au travers de la consommation de ce qui a été appelé les richesses périssables (billet n°8). Le travail utile qui en est tiré peut être utilisé soit pour alimenter directement les processus vitaux (consommation de nourriture, carburant, électricité, …), soit pour créer les richesses durables qui constituent le capital permettant d'améliorer l'efficacité des processus de création de richesses périssables en fonction du niveau technologique maîtrisé par la société humaine. Plus ce niveau technologique est avancé, plus les processus de création de richesse sont efficaces, mais plus aussi ils sont complexes et nécessitent a priori l'immobilisation d'un capital important. Par exemple, pour moissonner les champs, une faux demandait beaucoup moins de travail pour la fabriquer mais était beaucoup moins performant à l'utilisation que les grosses moissonneuses-batteuses d'aujourd'hui.

La question du bénéfice qui peut être tiré d'une augmentation de l'efficacité des processus de production a été abordée par Frederick Soddy [1] :

015-B

015-A

« L'utilisation du capital préserve du temps ou augmente la production de richesses et, dans la mesure où son rendement est recueilli sous la première forme, autant de moins est à disposition pour la seconde. Mais la limite à la production de richesses est fixée par l'état des connaissances scientifiques et techniques et l'organisation des entreprises, ainsi que par le nombre d'heures qu'il est possible de travailler par jour. Une fois qu'à été accumulé le capital nécessaire pour permettre aux travailleurs de mettre en œuvre les méthodes de production dictées par le développement technique, plus d'accumulation est purement et simplement du gaspillage. »

Le niveau de consommation qui peut être qualifié de « naturel » repose sur des considérations psychologiques qui définissent la demande globale répondant au besoin ressenti comme nécessaire au bien-être dans une culture donnée. Compte tenu de l'état des connaissances scientifiques et techniques, il existe donc un optimum dans l'accumulation de capital permettant de satisfaire au mieux le bien-être général ; « … plus de possessions, comme plus de capital, deviennent une charge inutile et un fardeau sur le dos des possesseurs ». [1]

Dans une société capitaliste libérale, où chaque producteur privé est libre d'investir du capital comme bon lui semble, il y a un problème dont la nature a été évoquée par Frederick Soddy [1] : « L'apparente productivité perpétuelle du capital-richesse et sa supériorité sur la richesse consommable conduisent toujours à un soutien cupide et exalté pour la production de capital, vue comme une épargne, et à considérer la production de richesse consommable comme une folle dépense. »

La suite de l'histoire est que si plus de capital que nécessaire à la satisfaction du besoin de bien-être « naturel » a été accumulé par des investisseurs en quête de profits, la concurrence va conduire ces investisseurs : à des campagnes de marketing publicitaire afin de conditionner le consommateur pour l'inciter à acheter ses produits ; à continuellement mettre sur le marché de nouveaux produits présentés comme plus attractifs ou répondant à un phénomène de mode auquel les gens sont judicieusement conditionnés ; voire à mettre en œuvre des processus d'obsolescence programmée. Au final cela conduit à utiliser plus de ressources et à fournir plus d'heures de travail que cela ne serait nécessaire pour satisfaire le bien-être naturel général de la population.

Dans une société capitaliste libérale à mentalité prédominante matérialiste, le capital aura naturellement tendance à être orienté vers un excès de production à des fins de profits et non pas pour réduire du temps d'activité humaine (c'est-à-dire pour augmenter les loisirs et donc le bien-être humain en général).

[1] « Richesse, Richesse virtuelle et Dette » de Frederick Soddy, 1926, traduction française par Jean-Paul Devos, édition Persée, 2015, pp. 136-137.

Posté par jpdevos91 à 19:54 - Commentaires [0] - Permalien [#]

25 février 2018

014 - L'économie industrielle – Le capital.

 

014-A

Une économie industrielle est une économie où la production de biens et de services est communautaire et fortement sectorisée. Chaque acteur est spécialisé dans un secteur bien défini du système productif. Les processus de production et d'activité sont de plus en plus efficaces au fur et à mesure de l'évolution des connaissances scientifiques, des techniques et des méthodes. Cependant cette amélioration de l'efficacité se fait en général par l'invention de machines toujours plus complexes et coûteuses (par exemple des robots) dans lesquelles il est nécessaire d'investir de plus en plus d'activités et de ressources avant qu'elles puissent être utilisées pour entreprendre avec plus d'efficacité et de productivité le processus de production pour lequel elles ont été inventées. De tels investissements constituent le capital nécessaire au processus de production. Pour que le capital nécessaire soit constitué il faut que des individus consacrent à cela du temps et/ou de l'épargne, ou bien que ce capital soit financé par une dette envers ceux qui ont consacré du temps et/ou des ressources pour constituer le capital (richesse durable).

Ce qui différencie une société dite capitaliste d'une société dite communiste est que dans le premier cas le capital a des propriétaires privés tandis que dans le second cas le capital appartient à l'État. Dans une société communiste le capital est donc obligatoirement financé par une dette sans intérêt (une dette monétaire, autrement dit une émission de monnaie par l'État) au bénéfice de ceux qui ont consacré de l'activité à la création du capital. Depuis le début de l'ère industrielle, dans de nombreux pays non communistes, le système a souvent été un certain mélange de capital privé avec une part plus ou moins grande de capital public. Il est naturel et nécessaire que ceux qui ont investi dans du capital privé perçoivent des intérêts. D'une part, le capital ne peut en général pas être remboursé. Au bout d'un certain nombre d'années, une machine, par exemple, ne vaudra plus rien soit parce que l'usure du temps l'aura mise hors d'usage, soit parce qu'elle sera devenue obsolète et non compétitive par rapport à de nouvelles machines ou procédés plus récents et performants. Les intérêts constituent le moyen de rembourser le capital. D'autre part, il est également normal que ceux qui ont fait abstinence de consommer ce à quoi de la monnaie qu'ils possédaient donnait droit, pour investir à la place dans de la création de richesse future reçoivent pour cela une récompense constituée par un supplément d'intérêt par rapport à la part représentant le remboursement du capital.

Plus une société est technologiquement avancée, plus le capital qu'il est nécessaire d'investir par nouvel habitant est important.

Une conséquence du second principe de la thermodynamique (entropie) est que le capital, en tant que quantité physique, matérielle, se dégrade inexorablement avec le temps, contrairement à la dette, qui est une quantité imaginaire créée par l'esprit humain et qui n'est pas affectée par le temps qui passe.

014-B

Frederick Soddy a par ailleurs soulevé une question sociale délicate du point de vue de l'éthique quant à la possession privée du capital : « … quand un ensemble de personnes possède le capital et un autre ensemble le met en œuvre. Il n’y a aucune méthode théorique connue pour égaler la somme totale d’heures de travail dépensées antérieurement dans l’approvisionnement du capital avec l’actuelle dépense continue d’heures de travail pour le rendre productif ; autrement dit, on ne sait pas déterminer ce qui, éthiquement, est la juste distribution du rapport. » [1] C'est-à-dire que l'on sait combien il a fallu d'activité et de ressources pour constituer un capital, on sait combien une quantité donnée de richesse actuellement produite par ce capital consomme en activités et en ressources pour la produire, mais on ne peut pas savoir au bout du compte combien de richesses ce capital va créer (en fonction de son taux d'utilisation dans le temps et du moment où il va devenir obsolète ou hors d'usage). On ne peut donc pas déterminer théoriquement quelle est le juste partage entre ceux qui ont investi dans la création du capital et ceux qui l'utilise pour produire de la richesse.

 

[1] « Richesse, Richesse virtuelle et Dette » de Frederick Soddy, 1926, traduction française par Jean-Paul Devos, édition Persée, 2015, p. 140.

Posté par jpdevos91 à 21:52 - Commentaires [0] - Permalien [#]

12 février 2018

013 - Le système monétaire actuel.

Nous avons décrit dans le billet précédent quel devrait être le fonctionnement naturel d'un système économique. Toute personne qui s'est un peu intéressée au sujet aura pu constater que notre système économique actuel s'avère fonctionner d'une manière très éloignée de celle précédemment décrite.

Dans ce billet nous allons analyser comment, en particulier, fonctionne le système monétaire d'un point de vue macroscopique. La première question est : Qui crée la monnaie et comment ? Nous avons déjà donné des éléments de réponse à cette question dans le billet n°3 « Histoire du système bancaire ».

 

013-A

Aujourd'hui, dans la plupart des pays industrialisés, la totalité de la monnaie en circulation a été créée, à l'origine, par un prêt bancaire ; même la monnaie servant à financer la dette publique. Dans la zone euro, depuis 1992, l'article 104 du traité de Maastricht oblige les états à financer la dette publique auprès des banques privées [1] - cet article a été repris tel quel dans l'article 123 du traité de Lisbonne de 2007. [2] Ainsi la politique monétaire échappe entièrement au contrôle des États et la quantité de monnaie en circulation ne peut être régulée de manière à une quelconque politique monétaire, que ce soit une politique visant un fonctionnement naturel du système économique tel que décrit dans le précédent billet ou toute autre politique. La monnaie est créée par le surplus de crédits que les banques décident d'accorder en réponse à des demandes de clients par rapport à la destruction de monnaie que représentent les paiements d'échéance sur des crédits précédemment accordés. Ainsi toute la monnaie en circulation – nécessaire au fonctionnement du système productif – représente le capital à rembourser de l'ensemble des prêts bancaires. Ce capital ne peut cependant pas être remboursé sous peine d'effondrer le système économique. Et il y a pire : les prêts sont octroyés par les banques moyennant intérêts. Si toute la monnaie en circulation représente le capital à rembourser de l'ensemble des prêts en cours, cela signifie que la monnaie permettant le paiement des intérêts n'existe pas. Elle devra être obtenue par de nouveaux prêts accordés à des gens en contrepartie d'un engagement d'activités futures jugé acceptable par une banque. Nous sommes clairement dans une fuite en avant demandant toujours plus de croissance dans un monde aux ressources finies. Un tel système ne peut être durablement maintenu et est donc voué à s'effondrer. La seule question est : Jusqu'à quand va-t-il encore pouvoir tenir ? Ce dont on peut être certain est qu'avec le temps qui passe, la probabilité de survenue de l'événement déclencheur augmente.

À la lecture de ce qui vient d'être mentionné, le lecteur perspicace rétorquera que les banques ne détruisent pas la monnaie qu'elles perçoivent au titre des intérêts sur les prêts et que même si, bien sûr, cela s'apparente à un vol, la monnaie correspondante n'en continue pas moins d'exister au sein du système économique. Nous entrons là dans un aspect plus complexe qui sera abordé ultérieurement, mais nous verrons que cela n'enlève rien au caractère problématique de ce mode de fonctionnement.

 

013-B

Le lecteur avisé pourra aussi faire remarquer que le crédit bancaire crée la monnaie virtuellement, en rajoutant des chiffres sur un compte bancaire avec un clavier d'ordinateur, et que si, certes, la monnaie scripturale représente aujourd'hui de l'ordre de 95 % des avoirs monétaires, environ 5 % de ces avoirs prennent la forme matérialisée de billets de banque. Il faut toutefois se poser la question de savoir comment ces billets de banque sont mis en circulation.

L'impression des billets de banque reste, comme par le passé, une prérogative exclusive d'une banque centrale comme la Banque de France. Mais cette monnaie fiduciaire n'est plus, comme le furent par le passé les pièces de monnaie en métal précieux ou les billets de banque, directement injectée dans le système économique productif, elle n'y arrive que par l'intermédiaire des distributeurs de billets des banques privées que la banque centrale approvisionnent en billets. Lorsqu'un client retire de la monnaie sous forme de billets de banque son compte bancaire est débité du même montant. Une telle opération n'est donc pas une injection de monnaie, c'est simplement une certaine quantité de monnaie qui change de forme : de la monnaie scripturale est transformée en monnaie fiduciaire, et inversement en cas de dépôt d'espèces.

Dans [3], Gérard Foucher détaille de manière très pédagogique le sujet du système monétaire. Le lecteur pourra se reporter à cet ouvrage pour en savoir plus.

[1] https://europa.eu/european-union/sites/europaeu/files/docs/body/treaty_on_european_union_en.pdf, p. 26 (Le lien vers le texte en français n'existe plus).

[2] http://www.assemblee-nationale.fr/13/pdf/rap-info/i0439.pdf, p.104.

[3] « Les secrets de la monnaie » de Gérard Foucher, 1996, Liberty Books.

Posté par jpdevos91 à 23:22 - Commentaires [0] - Permalien [#]