Économie scientifique

12 juin 2017

Histoire du système bancaire.

La plus ancienne activité pouvant être qualifiée de bancaire est le comptoir de change (conversion d'une monnaie en une autre) dont la première trace connue se situe dans la Grèce antique en 436 avant J.‑C. Les tous premiers « banquiers » grecs semblent avoir été des prêtres. Assez rapidement apparurent ensuite les opérations de prêt contre intérêts.

Ces mêmes activités bancaires virent le jour un peu plus tard dans la Rome antique, au IIe siècle avant J.‑C. La fonction de banquier y était alors tenue par des orfèvres. [1] Mais ce n'est que bien plus tardivement que se développa réellement la banque de dépôt.

La première banque, au sens que nous lui attribuons aujourd'hui, fut créée à Venise en 1151. C'est ensuite, toujours en Italie, que les Médicis créèrent le premier réseau de banques. L'origine du mot « banquier » provient du fait que les Médicis traitaient leurs affaires directement dans la rue, assis sur des bancs, ce qui les fit se voir appelés « banquieri ». [1] Les banques des Médicis s'internationalisent à partir de 1385 (Genève, Avignon, Londres) mais l'activité bancaire demeure un fait marginal dans l'économie.

Jusque-là et pendant ce temps, en France, les rois se contentaient essentiellement des revenus des domaines héréditaires pour subsister et entretenir leur cour. C'est 14 années avant la fin de la guerre de Cent Ans qu'est né en France l'impôt permanent. L'ordonnance fut promulguée le 2 novembre 1439 par Charles VII afin de créer une armée royale régulière dans le but de bouter les Anglais hors de France. [2]

Mais c'est finalement vers les pays protestants, et tout particulièrement l'Angleterre, qu'il faut tourner notre regard pour découvrir, deux siècles plus tard, au XVIIe siècle, les circonstances qui ont conduit au réel développement du système bancaire.

L'Angleterre traversa des temps troublés de guerres civiles durant le règne de Charles Ier, de 1625 à son exécution en 1649. À la même époque, l'Europe était déchirée par une série de conflits armés entre protestants et catholiques, que les historiens ont appelés la guerre de Trente Ans (1618‑1648). Pour mener des opérations militaires coûteuses, Charles Ier avait besoin d'un financement que le Parlement refusa de lui accorder par l'impôt. Après l'avoir dissous à deux reprises, il préleva des impôts et des taxes sans son accord et leva des fonds auprès de la noblesse. [3]

Ce doit être tout particulièrement à cette époque que l'Anglais Frederick Soddy se réfère quand il nous explique que « quand ils avaient besoin d'or et d'argent, les rois avaient l’habitude d’en emprunter en urgence, parfois sans la formalité du consentement de leurs propriétaires ; il devenait de la sorte extrêmement risqué de le déposer dans le donjon ou autre bastion prévu à cet effet ». On peut également lire en référence [4] : « Les marchands qui déposaient l'or à l'Hôtel des Monnaies (situé dans la Tour de Londres) s'en virent délesté par Charles Ier d'Angleterre qui n'accepta de le restituer que contre un prêt sans intérêt. »

Soddy poursuit ensuite : « Dans ces circonstances, les orfèvres faisaient complaisamment office de consignataires pour les fonds de roulement des marchands ou autres et, au fil du temps se transformèrent en banquiers. » Nous avons vu que des orfèvres avaient déjà fait office de ce qui s'apparente à des banquiers du temps de la Rome antique, mais peut-être que Soddy et même plus largement les historiens l'ignoraient au début des années 1920. La suite de l'extrait cité de Soddy est : « Détenant des stocks de monnaie de leurs différents clients, ils [les orfèvres] furent tracassés de voir de si grosses sommes de "richesse" rester dormantes et improductives, et ils en prêtèrent une proportion raisonnable à des personnes sûres contre intérêts, sachant par expérience que tous leurs dépositaires ne voudront pas récupérer leur monnaie le même jour. Mais quand il arrivait que des marchands, avec des transactions mutuelles, fissent leurs dépôts auprès du même orfèvre, ils trouvèrent pratique de délivrer à ce dernier un ordre écrit pour se payer l'un l'autre par débit et crédit sur leurs comptes respectifs plutôt que de retirer eux-mêmes leur monnaie à cet effet. C'est ainsi qu'est né le chèque moderne… » [5].

003-AC'est en réalité les Lombards qui inventèrent, au XIVe siècle, le premier ordre écrit : la lettre de change. Elle facilitait le commerce entre régions éloignées. Plutôt que de transporter la monnaie - ce qui présentait des inconvénients (poids) et des dangers (brigands) – l'acheteur d'une région donnait à un changeur proche de chez lui la monnaie correspondant au montant de la transaction ; ce dernier envoyait alors à un autre changeur de la région du vendeur une lettre de change du montant convenu ; le vendeur pouvait ensuite recevoir la monnaie auprès de ce second changeur. Le reste n'était qu'une question d'équilibrage de débit/crédit entre changeurs.

Qu'il s'agisse de l'ordre écrit évoqué par Soddy ou de la lettre de change, de telles pratiques étaient toutefois limitées par la confiance que le titulaire de l'ordre ou de la lettre devait avoir en la solvabilité de son signataire comme en celle de l'orfèvre-banquier ou des changeurs. Mais à partir de 1640 les orfèvres de Londres, et d'Amsterdam, avaient établi un large réseau de correspondants de confiance. [6] C'est ainsi qu'est né le billet de banque, un récépissé qui consistait en une promesse du banquier de payer sur demande au détenteur du billet la somme représentant la valeur de l'or déposé. [5] Les orfèvres-banquiers en vinrent ainsi à délivrer non plus un certificat de dépôt à vue détaillé et nominatif de l'or (ou autres objets précieux) déposés, mais un billet faisant office de certificat de dépôt anonyme (au porteur) n'indiquant plus que la valeur monétaire du dépôt.

Puisque ces billets sont établis au porteur, le détenteur d'un tel billet pouvait s'en servir pour payer une transaction sans être obligé de venir retirer de la monnaie de métal précieux.

Au début, le montant total des billets en circulation était strictement égal à la valeur du stock d'or déposé. Si cette éventualité avait pu se produire, tous les possesseurs de billets auraient pu se présenter en même temps et retirer l'or correspondant en échange de leurs billets.

C'est ensuite que l'activité bancaire a commencé à dévier des lois de conservation de la physique et d'une économie scientifique.

Citons encore Frederick Soddy : « L'orfèvre, maintenant devenu banquier, constata par expérience qu'il était en permanence en possession d'un stock d'or bien plus grand qu'il n'avait jamais eu à en décaisser. Aussi longtemps qu'un billet de banque circulait, l'or dont il était le récépissé restait inutilisé dans un coffre. » [5] C'est ainsi qu'apparurent, en 1665, les premiers prêts avec intérêts, sous forme d'émission de billets non pas en contrepartie d'un dépôt d'or, mais d'une reconnaissance de dette [6]. Cette année 1665 marque donc la première création de monnaie « ex-nihilo », une monnaie créée par la plume et l'encre d'un banquier-orfèvre, une monnaie qui n'est la contrepartie d'aucune vraie richesse. Nous reviendrons sur ces notions dans des articles ultérieurs.

L'année 1694 vit la création de la Banque d'Angleterre (banque privée) qui commença à émettre ses propres billets dès 1696 et obtînt en 1708 le monopole de leur création pour l'Angleterre et le Pays de Galles [4].

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De par ce monopole de la création des billets attribué à la Banque d'Angleterre, les autres banquiers anglais ne pouvaient plus émettre de billets. C'est ainsi qu'ils inventèrent, en 1742, le chèque bancaire.

« En France, les premiers chèques n'ont été émis qu'en 1826, par la Banque de France, sous le nom de "mandats blancs". Ils permettaient d’opérer le retrait de fonds reçus en dépôt sans intérêt par la Banque. Les chèques ont été introduits en France sous leur forme actuelle avec la loi du 14 juin 1865 mais leur usage est resté peu répandu jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. » [7]

Mais en Angleterre, la popularité du chèque, qui permet de se passer complètement de monnaie, est rapidement devenue de plus en plus grande. La monnaie ainsi libérée pouvait être réutilisée par le banquier pour la prêter. Mais l'emprunteur, à son tour, ne réclamait généralement pas le montant du prêt en billets de banques, un carnet de chèques faisait très bien l'affaire pour réaliser les achats ou les investissements auxquels le prêt était destiné. « La monnaie d'origine est ainsi utilisée encore et encore et, à partir d'une quantité initiale de dépôts, des créances sont littéralement créées par la pointe du stylo, pour des montants plusieurs fois supérieurs à la valeur des richesses possédées par d'autres personnes tout à fait innocentes et dépourvues de soupçons. » [8]

« … la loi agit avec une extrême sévérité contre les faux-monnayeurs… mais permet aux banques de créer à grande échelle de la nouvelle monnaie, pour la prêter avec intérêt, par les mêmes méthodes… » [8]

Ainsi « la plus grande part des dépôts bancaires consiste, non pas en espèces déposées, mais en crédits empruntés » [9] : C'est-à-dire non pas en épargne authentique représentant la compensation d'une création de richesse, mais en monnaie créée à partir du néant.

 

[1] http://tpe-histoire-des-banques.e-monsite.com/pages/de-l-antiquite-au-xviiieme-la-creation-et-l-expansion-des-banques.html

[2] https://www.herodote.net/2_novembre_1439-evenement-14391102.php

[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Ier_(roi_d%27Angleterre)

[4] https://www.dissertationsenligne.com/Art/Analyse-De-La-Faible-Bancarisation-Cas-Du/17643.html

[5] « Richesse, Richesse virtuelle et Dette » de Frederick Soddy, 1926, traduction française par Jean-Paul Devos, édition Persée, 2015, p. 155-156.

[6] https://postjorion.wordpress.com/2010/08/05/117-a-j-holbecq-comment-les-orfevres-devinrent-banquiers/

[7] https://www.gralon.net/articles/economie-et-finance/credit/article-le-cheque---histoire-et-caracteristiques-1113.htm

[8] « Richesse, Richesse virtuelle et Dette » de Frederick Soddy, 1926, traduction française par Jean-Paul Devos, édition Persée, 2015, p. 157.

[9] « Richesse, Richesse virtuelle et Dette » de Frederick Soddy, 1926, traduction française par Jean-Paul Devos, édition Persée, 2015, p. 159.

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28 mai 2017

Histoire et rôle fondamental de la monnaie.

Aux origines de l'histoire sociale de l'homo-sapiens, les premières sociétés étaient constituées de petits groupes de chasseurs et de cueilleurs dont la sécurité et la survie reposaient sur la coopération, la loyauté et la confiance qu'ils avaient entre eux.

Ces groupes avaient une structure sociale de clans (c'est-à-dire familiale). La notion de propriété privée et de possession personnelle n'existait pas. « Tous les membres bénéficiaient de la même manière de la manne des avantages et de la bonne fortune de la communauté. » [1]

On imagine que des clans voisins pouvaient s'échanger de la nourriture, des vêtements, du combustible, des armes pour la chasse, sous forme de troc pour des lots estimés d'un commun accord d'égale valeur.

C'est vers 8000 avant J.‑C. que les hommes commencèrent à élever des animaux et à cultiver des champs. « Cette transition produisit la motivation et l'incitation pour étendre la famille et les associations de clans en des groupes communaux moins centrés sur la cellule familiale mais potentiellement plus profitables sur le plan économique. » [2]

Avec l'utilisation de nouveaux outils et de nouvelles connaissances : « La production agricole évolua jusqu'au degré auquel des excédants de nourriture furent utilisés comme une source de richesse. Cette transition étendit le concept de travail au-delà des approvisionnements individuels de sa propre nourriture, ses propres vêtements et son propre combustible, ce qui conduisit à l'apparition de marchands, d'un clergé et de divers autres pourvoyeurs de nouveaux services. » [2]

Propulsons-nous par la pensée dans un village gaulois, tel le village mythique d'Astérix.

Pour se protéger des intrusions et des agressions extérieures de tels villages étaient entourés d'une palissade de poteaux de bois. Dès la constitution d'un village, pour la sécurité de la communauté, une telle palissade devaient être construite. Il est bien évident qu'une activité efficace de la communauté résidait dans le fait que certains membres se consacrent à la construction de la palissade d'enceinte, pendant d'autres s'occupaient d'activités agricoles, de chasse, de pêche, ou autres services, dont devaient aussi bénéficier ceux construisant la palissade. Dans une telle organisation sociale, le troc a atteint ses limites et un autre moyen d'échange des biens et des services est nécessaire : la monnaie.

La monnaie gauloise est apparue au IVe siècle avant J.‑C. Elle était régionale. Dans l'actuel bassin parisien (qui était habité par les Parisii) la monnaie était faite de pièces d'or, appelées statères.

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L'apparition de la monnaie est toutefois plus ancienne. À Athènes et à Sparte, elle existait dès le Xe siècle avant J.‑C. [3]

Le commerce, lui, remonte aux Sumériens, vers 5000 avant J.‑C., et c'est à cette époque qu'est apparu le concept de dette. Les Sumériens écrivaient sur des tablettes d'argile qui avait une dette envers qui et pourquoi. C'est bien sûr un système de comptabilité des plus fastidieux et restrictif. Restrictif dans le sens qu'il ne considère pas des activités qui ne seraient pas réalisées au bénéfice d'un individu spécifiquement identifié mais d'un groupe d'individus ou plus largement de la communauté dans son ensemble, comme dans le cas de la construction d'une palissade autour d'un village gaulois.

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La monnaie est venue plus tard simplifier les choses en ignorant à qui en particulier une certaine activité d'un autre membre d'une communauté a bénéficié et en considérant toujours que le bénéfice a été rendu à la communauté monétaire dans son ensemble, qui est ainsi redevable au possesseur de la monnaie de la valeur en biens et services reconnue comme représentant la contrepartie de l'activité qu'il a réalisée et pour laquelle il n'a pas encore réclamé cette contrepartie (mesurée par le pouvoir d'achat de la monnaie).

On voit bien ainsi que la monnaie représente une dette en biens et services de la communauté monétaire envers le possesseur de la monnaie, une dette sans intérêts et remboursable sur demande, c'est-à-dire lorsque le possesseur de la monnaie décide de la dépenser. Ainsi, dans son rôle fondamental et original, l'ensemble de la monnaie d'une communauté « représente la valeur globale de la richesse que la communauté préfère se voir lui être due plutôt que de la posséder » [4]. Si personne ne possède cette richesse due, c'est bien sûr qu'elle n'existe pas encore, qu'elle n'a pas encore été créée. Là se trouve l'origine de l'expression « richesse virtuelle » introduite par Frederick Soddy ; elle représente la totalité de la dette en richesse possédée par des individus et due par la communauté.

Le fait que, dans une communauté, de la richesse qui n'existe pas encore soit due à des individus ne répond pas qu'à un besoin de convenance personnelle (garantir sa subsistance dans ses vieux jours, ou économiser en vue d'un achat important, par exemple), c'est aussi un impératif. En effet, une richesse ne peut être en général créée qu'après y avoir d'abord investi une certaine quantité d'activité humaine (par exemple le paysan doit d'abord labourer son champ, le semer, puis le moissonner avant que la richesse constituée par la récolte ne se concrétise). C'est la concordance des deux aspects venant d'être évoqués qui justifie que la monnaie constitue une dette sans intérêt.

[1] « Richesse, Énergie et Valeurs humaines » de Thomas Wallace, 2009, traduction française par Jean-Paul Devos, édition Persée, en cours de parution, p. 417.

[2] Ibid., p. 165

[3] « Richesse, Richesse virtuelle et Dette » de Frederick Soddy, 1926, traduction française par Jean-Paul Devos, édition Persée, 2015, p. 152

[4] Ibid., p. 148.

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23 mai 2017

Une vision scientifique de l'économie.

Économie scientifique-1

Économie scientifique-2

« Quand le dernier arbre aura été abattu, quand la dernière rivière aura été empoisonnée, quand le dernier poisson aura été pêché, alors on saura que l'argent ne se mange pas. »

Ceux qui ont pour habitude de fréquenter les réseaux sociaux et de parcourir les sites Internet ont pu croiser ce proverbe souvent attribué au chef Sioux Sitting Bull (1831-1890), mais que l'on dit avoir également été cité par le chef Apache Geronimo (1829-1909) ; il pourrait en fait être un proverbe indien antérieur à ces deux chefs.

Ce proverbe a une signification profonde que le niveau des connaissances scientifiques de la fin du XVIIIe siècle ne permettait pas d'appréhender.

En effet, la vie elle-même et a fortiori un système économique reposent sur la consommation d'un flux continu d'énergie disponible s'écoulant du monde inanimé vers le monde animé. Les êtres vivants vivent grâce à l'énergie contenue dans les aliments qu'ils consomment. Cette énergie provient du rayonnement solaire et est stockée dans les plantes via le processus chimique de photosynthèse. Les aliments humains sont faits de végétaux qui contiennent directement l'énergie du rayonnement solaire, ou bien de viande d'animaux qui se sont eux-mêmes nourris de plantes ou d'autres animaux, ou encore de poissons qui se sont nourris de plancton ou d'autres poissons (auxquels s'ajoutent crustacés et coquillages).

Dans les sociétés primitives toute l'économie était une économie de survie reposant sur le seul travail humain puis, avec la domestication et l'élevage d'animaux, sur celui de bêtes de somme venant partiellement alléger le travail physique des hommes. En y ajoutant le bois utilisé comme combustible de chauffage, toute l'énergie disponible consommée provenait de l'énergie du rayonnement solaire capturée par les plantes.

Avec la spécialisation de l'activité dans des communautés urbaines et le développement du commerce vint la domestication de la force du vent pour propulser des bateaux à voiles.

C'est au temps de l'Empire romain que remontent les premières roues à aubes utilisant l'énergie cinétique d'un courant d'eau pour faire tourner une meule. La plus ancienne description connue a été faite par l'architecte Vitruve au Ie siècle avant J.‑C.

Qu'il s'agisse de l'énergie solaire stockée dans les plantes ou dans le bois des arbres, de la force du vent ou de l'énergie hydraulique, ce sont là des sources d'énergie renouvelable, qui a été la seule forme d'énergie disponible utilisée pour les activités humaines jusqu'au début, au XVIIIe siècle, de ce qui a été appelé la révolution industrielle.

Marco Polo signala toutefois, au retour de son voyage en Chine, que les Chinois chauffaient leur maison et cuisaient leurs aliments en faisant brûler d'étranges pierres noires. Mais c'est en Angleterre, au XVIIIe siècle, que va se développer l'exploitation minière qui va conduire à l'invention de la machine à vapeur par James Watt, car seul le charbon permettait de libérer l'énergie suffisante pour produire de la vapeur vive. Après les améliorations apportées par Benjamin Thompson, la machine à vapeur moderne permit de remplacer le travail physique de quelque chose comme 30 000 hommes, et ce non pas 8 ou 10 heures par jour, mais infatigablement, 24 heures sur 24.

C'est la maîtrise d'une telle nouvelle source d'énergie et l'invention de la machine à vapeur qui s'en est suivie qui explique l'avènement de la révolution industrielle.

Mais nous ne sommes plus là face à une source d'énergie renouvelable mais une source d'énergie fossile qui renferme de l'énergie solaire qui fut stockée, dans les entrailles de la Terre, à l'ère du carbonifère il y a plus de 300 millions d'années. Nous connaissons la suite de l'histoire des nouvelles sources d'énergie non renouvelables : le pétrole, puis le combustible de fission nucléaire.

Cette rapide rétrospective de la maîtrise de sources d'énergie disponible par l'homme illustre bien que le véritable moteur d'un système économique est le flux continu d'énergie qu'il consomme et sans lequel il est incapable de fonctionner, sans lequel la vie elle-même ne peut se maintenir.

L'énergie est donc la grandeur de base qui permet de qualifier la santé d'un système économique. Si les ressources d'énergie disponible sont insuffisantes par rapport aux besoins, l'activité économique déclinera. Bien sûr l'aspect « par rapport aux besoins » a lui aussi toute son importance, mais ce sera le sujet d'articles ultérieurs.

L'énergie, et non la monnaie, est ainsi la grandeur fondamentale sur laquelle repose une approche scientifique de l'économie, une approche permettant d'anticiper l'avenir, car au bout du compte, ce sont les lois naturelles qui ont toujours le dernier mot lorsque l'homme ne s'y conforme pas.

Précisons les choses sur un exemple concret.

Un gisement de pétrole ne constitue pas de l'énergie disponible. L'énergie disponible est celle contenue dans l'essence ou le gas-oil que l'on achète à la station-service. Avant que ces carburants ne nous parviennent sous cette forme utilisable il faut avoir réalisé des prospections pour trouver les gisements, avoir procédé à des forages pour en extraire le pétrole, puis avoir réalisé des processus chimiques de raffinage du pétrole brut pour en tirer l'essence, le gas-oil et autres sous-produits. Toutes ces opérations - auxquelles il faut rajouter le transport et la réalisation d'un réseau de stations-service pour la vente - sont des activités qui, comme toute autre, demandent une consommation d'énergie pour être effectuées.

Quand il vient d'être dit que c'est l'énergie, et non la monnaie que l'économie scientifique considère comme la grandeur permettant d'évaluer l'efficacité et la santé d'un système économique, cela se traduit encore par le fait que ce n'est pas le PIB qui nous renseigne le mieux sur la santé d'une économie et ses perspectives de prospérité future, mais le retour d'énergie sur l'investissement (REI) qui, dans notre exemple du pétrole, est le rapport de la quantité d'énergie brute produite par la source d'énergie que sont les gisements de pétrole sur la quantité d'énergie dépensée dans les processus d'extraction, de raffinage et de distribution[1].

La monnaie (hormis la monnaie ancienne de métal précieux) a une valeur imaginaire de nature psychologique qui repose sur la confiance que les esprits humains lui accorde. L'énergie a une valeur qui se mesure en Joules (anciennement calories) et elle est soumise aux lois de la physique du monde réel, les lois qui entretiennent la vie et tous les processus mécaniques de l'activité économique.

[1] « Richesse, Énergie et Valeurs Humaines » de Thomas Wallace, 2009, traduction française par Jean-Paul Devos, édition Persée, en cours de parution, pp. 85-86.

 

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