Économie scientifique

07 novembre 2018

026 - Le Grand Complot de la haute finance (partie 7 : The Big Short / Le casse du siècle).

Suite de la description par Thomas Wallace du mécanisme de la grande arnaque des « subprimes » [1] :

« Lewis détaille comment Wall Street surmonta le problème de maximiser le nombre de nouveaux prêts hypothécaires en une courte période de temps en utilisant le CDS dans un « CDO reconditionné » et en dissimulant le risque des prêts hypothécaires à risque. La complexité du CDO reconditionné était nécessaire pour attirer des investisseurs innocents à acheter des titres notés B en croyant qu'ils étaient notés triple A. Goldman Sachs imagina une solution pour obtenir un faux triple A qui fut rapidement adoptée par d'autres sociétés d'investissement. En sélectionnant créativement des combinaisons de titres avec une vraie note triple B, ils purent convaincre les agences de notation, qui reçurent une commission de Goldman Sachs pour chaque lot de titres, que 80 % étaient présumés être de la dette triple A. « Le CDO était, en pratique, un service de blanchiment de crédit pour des résidents américains de la classe moyenne inférieure. »

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L'étape finale consista à maîtriser l'importante quantité de monnaie, de temps et d'efforts nécessaires pour acquérir les centaines de milliards de dollars prévues en prêts hypothécaires pour que le nombre de lots de titres soit de l'importance requise afin de satisfaire les profits potentiels attendus du stratagème du casse du siècle. Ceci fut réalisé en utilisant le CDS en tant que « proche réplique de l'obligation des prêts hypothécaires à risque » ; les fonds payés par les investisseurs en défaut de crédit furent utilisés par Goldman Sachs pour créer un autre titre identique. Ainsi, la création de ce qui est connu comme un « CDS synthétique » consistait en CDS pour lesquels Goldman Sachs pouvait obtenir une note triple A pour des titres dont le risque réel était triple B.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, les investisseurs en CDS furent autorisés à choisir une collection d'obligations triple B, sur la base de leur jugement de leur potentialité de réussite ou défaut. Lewis utilise l'exemple de l'obligation de prêt hypothécaire à risque d'un milliard de $ « soit-disant notée triple A » qui fut créée par le revenu d'un investisseur qui sélectionna une centaine d'obligations en réalité triple B et acheta pour chacune 10 millions de $ de CDS (c'est-à-dire un « CDO synthétique » entièrement composé de CDS). « Pour Wall Street c'était une machine qui transformait le plomb en or. »

Pour résumer, la politique de Washington postérieure aux années 1970, orchestrée et financée par la haute finance, fournit la base législative favorisant l'effondrement financier de Wall Street et un désastre économique et financier mondial. La libéralisation du secteur financier de la Nation grâce à l'abrogation de la loi Glass-Steagall de 1933 permit, une nouvelle fois, aux institutions financières de combiner les activités bancaires commerciales avec l'investissement bancaire de Wall Street tout en réduisant la surveillance de l'industrie des services financiers. La tactique politique et les processus législatifs qui en résultèrent sur de nombreuses décennies en vue d'abroger la loi Glass-Steagall est une illustration sur l'influence dominante d'alliances d'intérêts d'entreprise, politique et particuliers focalisés et égocentriques. En l'absence de l'abrogation de la loi Glass-Steagalln les activités d'investissement de Wall Street qui produisirent la crise économique et financière auraient été foncièrement illégales, et pas seulement contraires à la déontologie, immorales et un tantinet frauduleuses. »

[1] « America is Self-Destructing », Thomas Wallace, 2013 ; Author House, Bloomington, Indiana ; pp. 321-322.

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16 octobre 2018

025 - Le Grand Complot de la haute finance (partie 6 : The Big Short / Le casse du siècle).

Suite de la description par Thomas Wallace du mécanisme de la grande arnaque des « subprimes » [1] :

« La réussite obtenue par le Grand Complot de la haute finance dans l'influence de la politique de Washington et la réduction du contrôle et de la régulation de l'investissement bancaire a fourni à Wall Street un nouveau cadre pour créer des produits et des services plus complexes, perfides et profitables. C'est J.P. Morgan qui a ouvert la voie vers une nouvelle époque quantitative et une vision éclairée du risque d'investissement par l'utilisation de méthodes plus avancées d'évaluation, de prévention et de gestion du risque et par l'application de la puissance de la modélisation mathématique et de la théorie des probabilités telles que pratiquées par les mathématiciens, les statisticiens, les scientifiques et les ingénieurs. Pour l'industrie de l'investissement, une représentation mathématique du risque financier permettrait de réfléchir plus rapidement, plus précisément et de manière plus sophistiquée dans les processus et les prises de décisions. Ces méthodologies quantitatives plus avancées peuvent réduire le risque et le minimiser ou totalement décaler le risque sur d'autres. Ainsi de nouveaux produits d'investissement, les CDO et les CDS [comme collateralized debt obligations et credit default swaps] furent créés pour minimiser, diversifier et décaler le risque ; ils seront décrits dans les prochains paragraphes.

En premier lieu, une société d'investissement, telle que Goldman Sachs, regroupe un grand nombre (ou un portefeuille) de prêts hypothécaires dans un titre, obtient une agence de notation de crédit, et offre alors le produit à des investisseurs institutionnels qui peuvent investir, devenir propriétaire du titre et le preneur de risque. En second lieu, des sociétés d'investissement peuvent aussi offrir un autre type de titre, qui est appelé un produit dérivé, nom dû au fait qu'il est dérivé d'un autre titre : Le CDO, dérivé d'un titre basé sur un prêt hypothécaire, a une valeur future qui dépend de l'évolution dans le temps de la qualité des remboursements des propriétaires immobiliers et de l'absence de défaut de paiement. L'investisseur en CDO ne possède aucune propriété tangible.

En troisième lieu, le CDS peut être vu comme un instrument de type assurance, qui peut être utilisé pour minimiser et pour quantifier le risque d'un investisseur en CDO. Par exemple, un hypothétique CDS de 100 millions de $ acheté pour une prime relativement faible sert de protection financière contre une perte (autrement dit c'est une assurance contre le défaut d'un titre). Si l'investissement se montre être réussit, l'assuré ne touchera rien, mais il recevra 100 millions de $ si le titre fait défaut. Ainsi le CDS est un pari sur un événement qui a deux résultats possibles, soit une réussite financière, soit l'échec d'un défaut.

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Sur la base de ces outils d'investissement, il est possible d'illustrer l'arnaque de Wall Street du Big Short [le casse du siècle]. Michael Lewis remarque que « Goldman Sachs créa un titre si opaque et complexe qu'il pourrait rester à jamais incompris des investisseurs et des agences de notation : le prêt hypothécaire synthétique à risque obligataire reposant sur un CDO. Cependant, en 2010, la SEC (Securities and Exchange Commission : organisme fédéral de réglementation et de contrôle des marchés) accuse Goldman Sachs et un dirigeant de fraude civile ; les détails de cette affaire nous donnent un aperçu de la culture animant Wall Street.

 

 

 

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Initiallement, un gérant de fond spéculatif et client de Goldman, John Paulson, a payé à la société 15 millions de $ pour constituer un CDO adossé à des prêts hypothécaires qui fut proposé à des investisseurs professionnels. Cependant, la SEC a accusé Goldman d'avoir fait « des affirmations matériellement trompeuses et des omissions » en ne divulguant pas aux investisseurs institutionnels que Paulson, en utilisant l'instrument CDS, avait misé sur le défaut des prêts hypothécaires et qu'il avait un rôle dans le processus initial de sélection des prêts hypothécaires. En neuf mois, 99 % des titres de prêts hypothécaires ont été dévalorisés, et en pariant que les prêts hypothécaires allaient faire défaut, il est rapporté que le gain de Paulson a été de 1 milliard de $. Comme cela a été précédemment remarqué, Goldman régla l'affaire avec la SEC sans avoir reconnu sa culpabilité et paya une amende record de 550 millions de $.

Il y eut beaucoup de victimes du stratagème du grand casse de Paulson. Les détenteurs de prêts hypothécaires perdirent leur bien et les investisseurs qui avaient fait confiance aux produits titrisés de Goldman Sachs et à la désignation triple A faite par les agences de notation perdirent leur investissement dans un placement financier truqué destiné dès le départ à faire faillite. Ceux qui profitèrent de ce casse géant peuvent être divisés en deux groupes. Les sociétés de Wall Street et leurs dirigeants qui soit créèrent ou bien finirent par comprendre la stratégie et jouèrent le pari truqué en faisant l'acquisition de prêts hypothécaires d'individus manifestement inéligibles. Quelques acteurs mineurs à la marge en vinrent à se rendre compte de la nature défaillante de ces instruments à la complexité caché et des profits potentiels pouvant en être tirés. »

 

[1] « America is Self-Destructing », Thomas Wallace, 2013 ; Author House, Bloomington, Indiana ; pp. 318-320.

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06 octobre 2018

024 - Le Grand Complot de la haute finance (partie 5 : The Big Short / Le casse du siècle).

Nous en arrivons au point où Thomas Wallace nous détaille dans [1] le mécanisme ayant conduit à la crise financière dite « des subprimes », qui, après avoir éclaté en 2007 aux États-Unis, s'est propagée en 2008 à l'Europe et au reste du monde.

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« Historiquement, même l'investissement financier intelligent a été dûment reconnu comme une forme de jeu d'argent dont la chance allait parfois vers l'investisseur prudent. Cependant, après 1999, avec l'abrogation de la loi Glass-Steagall, couplée à l'inefficacité des régulations et des régulateurs gouvernementaux, et à des agences de notation grotesques, les investisseurs dans des titres adossés à des prêts hypothécaires connurent une époque de paris risqués à une échelle inconnue jusqu'alors, qui leur était beaucoup moins favorable qu'ils ne l'avaient supposé. Les produits d'investissement de Wall Street devinrent fonctionnellement enveloppés de stratégies ingénieuses, extrêmement sophistiquées et manipulatrices qui se sont montrées être très efficaces pour Wall Street, mais ultimement hautement toxiques pour les investisseurs, la Nation, et le monde. Le business des prêts hypothécaires à risque a amené de grandes richesses vers de nombreuses sociétés et leurs employés, alors que les priorités premières de l'industrie de la finance avaient remplacé les valeurs et l'éthique démodées de servir les clients historiques de l'entreprise par des objectifs immoraux et frauduleux qui boostaient la profitabilité de l'entreprise et les rémunérations de ses employés.

Cependant, un petit nombre d'individus en sont venus à prendre conscience de la fraude inhérente à la vision à court terme des prêts hypothécaires à risque et misèrent sur leur faillite finale, convaincus que leurs créateurs les avaient manigancé pour qu'ils finissent par faire faillite. Mickael Lewis, dans The Big Short, présente des cas particuliers de personnes qui, de leur côté, en vinrent finalement à prendre conscience que les grandes sociétés de Wall Street étaient en train de gagner une grande richesse avec peu de risques financiers et avaient transféré un énorme risque (et plus probablement un désastre financier) sur des investisseurs innocents. Des sociétés d'investissement, des PDG et des employés étaient devenus très riches sur des frais collectés sur la création et la vente de titres qui étaient involontairement (ou sciemment) voués à la faillite.

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Être rapide à vendre ces produits obligataires à haut risque était primordial pour transférer le risque potentiel de pertes financières à d'autres parties. Ainsi, ce business profitable de Wall Street consistait en une succession de transactions papier pour lesquelles les investisseurs étaient les participants involontaires à un jeu d'argent dans lequel les risques étaient accumulés sur eux. Un argument défensif, que l'on a pu entendre après l'effondrement du stratagème, était qu'il était de la responsabilité de l'investisseur d'évaluer le risque ; une nouvelle façon de retourner le concept de marché libre : c'est-à-dire la liberté de permettre au risque de se déplacer vers ceux qui ne comprennent pas l'objet de l'arnaque.

Curieusement, des deux côtés du jeu, les joueurs devinrent riches. Du côté des gagnants, les individus qui misèrent contre le succès du marché des prêts hypothécaires à risque se firent des millions. Mais, du côté des perdants, les individus qui gérèrent le business des CDO [Collateralized Debt Obligations : titres de créance avec garantie] perçurent aussi des millions de dollars pour leurs conseils et leurs honoraires pour simplement s'occuper de la paperasse, tout en faisant perdre des milliards de dollars aux investisseurs. Un exemple notable est qu'un des principaux traders de Morgan Stanley fit perdre plus de 9 milliards de $ à sa société, la plus grande perte individuelle jamais enregistrée à Wall Street mais reçu, au moment de son licenciement, des millions de dollars qui lui étaient dus contractuellement.

L'un des aspects les plus surprenants de cette escroquerie historique est que la plupart, si ce n'est la totalité, des PDG de Wall Street qui appartenaient au camp des perdants, que ce soit ceux d'une entreprise publique qui se trouva ruinée ou ceux d'une entreprise privée qui fut renflouée par le gouvernement fédéral, devinrent riches. Ils avaient réussi à transférer le risque financier ultime des associés de l'entreprise vers certains de leurs clients, qui avaient financé le risque mais ne possédaient qu'une faible (voire aucune) compréhension de l'ingénierie financière extrêmement complexe, de la nature des produits, ou des vrais risques de leur investissement truqué.

Finalement, plutôt que de laisser les grandes sociétés de Wall Street faire faillite, le gouvernement fédéral a pris des mesures pour organiser leur acquisition ou leur renflouement afin de maintenir la stabilité financière de la Nation. L'inquiétant principe établi par une telle action est que de tels renflouements pourraient être à présent devenus une pratique normale pour les sociétés financières qui prennent des risques excessifs, qui se diront qu'elles seront sauvées de la faillite par une action gouvernementale tout en tirant d'importantes rétributions de la faillite. »

[1] « America is Self-Destructing », Thomas Wallace, 2013 ; Author House, Bloomington, Indiana ; pp. 316-318.

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19 septembre 2018

023 - Le Grand Complot de la haute finance (partie 4).

Poursuivons, après que la loi Glass-Steagall a été abrogée en 1999, la description détaillée des origines et de l'histoire de la crise des subprimes de 2007, telle qu'elle est décrite dans [1].

« Les banques commerciales pouvaient à nouveau s'engager sans limite dans des opérations de trading pour compte propre, utilisant en cela la monnaie de leurs déposants pour des paris financiers. Par suite, le secteur financier de la Nation s'est lancé dans la création des aujourd'hui tristement célèbres instruments de prêts hypothécaires à risque ; en une décennie, des institutions financières en difficulté avec des "actifs toxiques" insoutenables conduisirent aux banques "trop grosses pour faire faillite" (mais leurs clients, ils le firent).

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Sur la période conduisant de 1933 à 1999 on a vu beaucoup de groupes de régulation, d'agences de notation, d'institutions financières, et d'acteurs individuels démontrer des degrés divers de cupidité, de manque d'éthique, d'indifférence, de fraude, et d'incompétence qui avaient aussi produit les abus de Wall Street dans les années 1920. Cependant, cette fois, les acteurs du secteur privé, nombre d'entre eux naviguant entre des positions de responsabilité gouvernementale et de dirigeant d'entreprise, ont acquis d'époustouflants niveaux de rémunération, comme le firent des milliers de leurs employés.

De plus, la femme du sénateur Gramm, Wendy Gramm, en tant que présidente de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), « accorda en pleine nuit une ordonnance qu'attendait Enron pour lui permettre de faire des affaires dans ce qu'il avait lui-même désigné par des produits dérivés sans supervision de la CFTC ». Quelques semaines plus tard, après qu'elle soit redevenue une citoyenne privée, elle reçut un siège au comité directeur d'Enron. Par ailleurs, Robert Rubin, ancien directeur de Goldman Sachs et ancien Secrétaire du trésor, qui fut un soutien actif pour moins de restrictions sur l'industrie bancaire et dans les efforts pour abroger la loi Glass-Steagall, fut ensuite nommé vice-président de Citigroup.

Une note historique intéressante est que, au cours de l'été 1998, avant l'abrogation de la loi Glass-Steagall, la Federal Reserve Bank de New York a dévié de son rôle de régulateur pour mettre en œuvre le renflouement de Long-Term Capital Management, un fond spéculatif au bord de la faillite, avec un plan de sauvetage de 4 milliards de $. Pour les institutions financières américaines, l'époque du « trop gros pour faire faillite » était ainsi inaugurée à un niveau de plusieurs milliards de dollars. Comme cela fut noté par un ancien responsable de la FED : « Ce fut un aléa momentané de moralité. »

Une autre importante loi de libéralisation, conduite par le sénateur Phil Gramm, encore président du Senate Banking Committee fut la loi Commodity Futures Modernization, passée en 2000, qui exempte les produits dérivés d'une surveillance régulière par le gouvernement et supprime ainsi la réglementation standard qui est généralement requise pour les actifs financiers. Ceci a pour résultat de générer des effets de levier plus importants, plus de spéculation, et d'augmenter les profits de Wall Street.

Ainsi, les agences de régulation, les institutions financières, les responsables politiques et le leadership de Fannie et Freddy ont collectivement ouvert la voie pour que la Nation s'engage sur l'autoroute revêtue d'argent conduisant à l'effondrement financier du marché immobilier, des institutions financières de Wall Street et de l'économie en général. En 1994, le montant des prêts à risque souscrits était de 40 milliards de $ ; il s'est accru à 160 milliards de $ en 1999, et atteignit 332 milliards de $ en 2003. En 2008, Freddie et Fanny détenaient 1 600 milliards de $ de prêts hypothécaires toxiques. Que faisaient les comités de surveillance du Congrès, les agences de notation du crédit, les régulateurs gouvernementaux et les médias de 1999 à 2008 ? À quoi pensaient-ils ? »

[1] « America is Self-Destructing », Thomas Wallace, 2013 ; Author House, Bloomington, Indiana ; pp. 312-316.

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13 septembre 2018

022 - Le Grand Complot de la haute finance (partie 3).

« À la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'une des tâches les plus pressantes pour les nations alliées était de reconstruire le système économique et financier international ; de ce fait, en juillet 1944, quarante-quatre nations alliées signèrent les accords Bretton-Woods. Ceux-ci requéraient l'établissement d'un système de gestion monétaire entre les états industrialisés de la planète, consistant en des règles et des procédures pour les relations commerciales et financières. L'accord établit le Fond monétaire international (FMI) pour réguler un système mondial de monnaies. Il était aussi exigé de chaque pays qu'il opère sous une politique monétaire qui maintienne un taux d'échange de la monnaie basé sur le dollar US, le FMI gérant les déséquilibres temporaires de paiement entre les nations. Selon le système d'échange Bretton-Woods basé sur le dollar, le dollar américain était lié à une référence or qui maintenait la monnaie à une valeur fixée, contrairement à une monnaie flottante basée sur la confiance.

En 1971, Milton Friedman, président de la Réserve fédérale, persuada le président Nixon de mettre unilatéralement un terme à la convertibilité du dollar en or. Parmi les nombreuses conséquences de ce désengagement des États-Unis de ces accords, il y avait la déconnexion internationale officielle d'une monnaie fixe, c'est-à-dire d'une monnaie basée sur la valeur physique d'une certaine marchandise, permettant en cela subséquemment aux politiciens d'accumuler annuellement du déficit papier qui a déstabilisé les économies nationales à l'échelle mondiale. À Washington, les carrières des politiciens pouvaient à présent devenir prospères en utilisant le principe financier d'emprunter, imprimer et dépenser, en léguant simplement la dette aux générations futures. La fin de Bretton-Woods nous donne une illustration sur la manière dont l'action d'un gouvernement en termes de politique fiscale et monétaire peut conduire à des problèmes majeurs et à long terme, dus non pas à la nature du changement politique en lui-même mais aux mauvais comportements qu'il encourage. » [1]

C'est à partir de ce moment-là que se développa la thématique actuelle selon laquelle la cupidité est bonne pour l'économie, [1] thématique à l'origine de la crise financière qui éclata en 2007.

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« En quelques décennies, progressivement et systématiquement, l'influence de riches institutions réussit à infiltrer le Congrès et à amenuiser les restrictions de la législation Glass-Steagall [de 1933, voir billet 18]. Des grosses sociétés et de riches individus, ceux en lien avec la Réserve fédérale, les entreprises de Wall Street, les agences de notation des obligations, Fanny Mae et Freddy Mac, et des politiciens en position de pouvoir réussirent ainsi à saper la réglementation de l'industrie, augmentant énormément leur profitabilité. En 1992, le Congrès passa la loi Federal Deposit Insurance Corporation Improvement, qui permettait aux banques de ne maintenir un total des actifs qui ne soit que de 5 % du capital, à l'époque, le plus bas du monde. » [2]

Au cours du milieu des années 1990, les efforts du secteur financier américain pour réduire le capital exigé et pour libéraliser d'autres restrictions sur les investissements ont été facilités par la réglementation de 1996 du Comité de Bâle. Cette réglementation donnait aux banques internationales un moyen par lequel moins de capital pouvait être immobilisé derrière plus d'actifs risqués. Par ailleurs, une importante nouvelle règle de la Réserve fédérale autorisait en substance des instruments financiers complexes permettant d'utiliser de la dette pour donner une fausse apparence d'une condition financière plus solide.

En 1996, l'Office of Thrift Supervision (OTS), l'agence fédérale de régulation supervisant l'épargne et l'industrie du prêt, contribua à la déréglementation quand elle enleva la restriction sur les prêts avec pénalités de remboursement anticipé. Puisque cette disposition réduisait le risque d'investissement, elle fut rapidement adoptée pour les prêts hypothécaires à taux fixe ou variable.

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En 1997, le Department of Housing and Urban Development (HUD) décida que Fannie Mae et Freddie Mac pourraient acheter plus de prêts hypothécaires à risque en diminuant les niveaux de souscription pour les prêts qu'ils achetaient ou qu'ils conditionnaient en les convertissant en titres. Il peut être remarqué que les politiciens considéraient les prêts hypothécaires de Fannie Mae et Freddie Mac comme un moyen de maximiser le nombre de propriétaires et atteindre en cela le rêve américain, ce qui leur attirerait les faveurs d'un électorat à bas revenu qui pourrait de la sorte se trouver éligible pour un prêt hypothécaire. D'un autre côté, l'industrie de la finance escomptait une croissance et des profits appréciables si les critères du prêt hypothécaire pouvaient être relâchés, d'indésirables restrictions sur cette industrie supprimées, et si l'on pouvait parvenir à une diminution du risque pour l'investisseur. Cette incitation gagnant-gagnant pour le monde des affaires et celui de la politique permettait aux institutions de Wall Street d'acquérir un très grand nombre de prêts hypothécaires à risque pour les conditionner en trillards de dollars de titres adossés aux prêts hypothécaires.

Le HUD demanda à Urban Institute, un groupe de recherche en politique économique, d'examiner les performances de Fannie et Freddie dans des prêts accordés dans le domaine problématique de personnes à bas revenus. Son rapport, publié en avril 1999, jugea que les niveaux de souscription étaient trop élevés, que l'on avait besoin de produits d'emprunt plus flexibles, et que l'on pouvait octroyer des prêts à des personnes à plus bas revenus. On remarquera que trois des quatre auteurs du rapport « avaient de forts liens avec Fannie Mae… et que tous trois avaient été au bout de la chaîne de fonds de recherche financés par la Fannie Mae Foundation.

Trois mois plus tard, de nouveaux objectifs rendant l'accès au logement plus accessible furent établis pour Fannie et Freddy ; ceux-ci incluaient de nouvelles règles exigeant que 50 % des prêts hypothécaires émis profitent aux familles à bas ou modestes revenus, avec la perspective que vingt-huit millions de familles en profitent. Depuis 1992, ce pourcentage a été augmenté d'une valeur initiale de 30 % jusqu'à une valeur réalisée de 42 % en 1999, avant d'être augmenté à un nouveau minimum de 50 % en 1999. À cette époque, le président Clinton affirmait que 66 % des Américains possédaient leur logement.

Au bout du compte, le secteur financier et ses alliés à Washington réussirent, en 1999, à faire passer la loi Financial Services Modernization qui consiste en substance en une abrogation de la loi Glass-Steagall. Le principal promoteur de la cause était un poids lourd institutionnel, Stanford J. Weill, qui voulait fusionner Travelers Group avec City Bank pour former Citigroup, ce qui aurait été illégal sous la loi Glass-Steagall. Avec la nouvelle législation, les fonctions bancaires commerciales et d'investissement pouvaient à nouveau être légalement entremêlées, comme dans les années qui ont précédé la crise de 1929, permettant une plus grande prise de risque mais potentiellement créatrice de plus grands profits institutionnels. [2]

[1] « America is Self-Destructing », Thomas Wallace, 2013 ; Author House, Bloomington, Indiana ; pp. 310-311.

[2] ibid ; pp. 310-315.

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02 septembre 2018

021 - Le Grand Complot de la haute finance (partie 2).

L'effort coordonné de grandes entreprises et de riches individus pour influer sur la politique du gouvernement fédéral américain se concrétisa par une plus grande présence du monde de l'entreprise et des affaires à Washington. De 100 agences en 1968, cette présence passa à plus de 500 agences en 1978. Parallèlement, le nombre de lobbyistes enregistrés passa de 175 cabinets en 1971 à environ 2 500 en 1982. [1]

T. Wallace écrit [2] : « Les grandes entreprises ont démontré que de vastes ressources financières et humaines, utilisant des compétences professionnelles spécialisées dans le droit, la finance publique, la comptabilité, la marketing et les médias, sont capables d'influencer efficacement le public et de réussir à développer et à entretenir un soutien politique des deux partis. En 1995, une initiative couronnée de succès, dans le cadre législatif, le Private Securities Litigation Reform Act (Loi de réforme pour les contentieux sur les placements privés) reçut un soutien bipartisan ; la loi avait pour objet de réduire les poursuites judiciaires de titulaires d'actions contre des entreprises qui auraient publiées de fausses informations. Cette démarche était intégrante d'un effort continu visant à réduire la réglementation et le contrôle d'activités commerciales d'entreprises, pouvant être inconvenantes mais profitables.

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De ce fait, les entreprises du pétrole, de la banque, de l'investissement, des télécommunications, de l'automobile et de la chimie arrivèrent à une position de pouvoir où le milieu des affaires peut gravement influencer la nature, l'éthique et la vitalité de l'économie de la Nation. Il est devenu habituel pour les lobbyistes de dépenser, comme cela est officiellement rapporté, plus de 3 milliards de $ par an, somme qui se trouve substantiellement augmentée par les canaux de financement officieux.

 

 

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Par ailleurs, la haute finance a ajouté le concept de « groupe de réflexion » à son arsenal d'outils d'influence, conçus pour manipuler l'opinion politique américaine et la politique publique, ainsi que pour doter les politiciens et les experts de supports structurés de débat, formulés par des groupes de réflexion de type universitaire, ainsi que par d'anciens élus politiques et leurs équipes. Ainsi, durant les années 1960 et 1970, de riches individus, des fondations familiales et des entreprises créèrent des machines de propagandes conservatrices se présentant comme des organisations de recherche pseudo-universitaires contribuant à un message conservateur biaisé destiné à divers organes de presse publique. De tels groupes de réflexion de droite comprennent l'American Enterprise Institute et l'Heritage Foundation - supportés financièrement par des familles fortunées bien connues comme Coors, Mellon et Kock – ainsi que des médias portés par les mêmes idées, tels que le Public Interest et l'America Spectator. Combinés aux efforts menés par les lobbyistes de Washington, disposant tous d'un financement illimité, ils sont devenus un force dominante pour forger l'opinion publique et manipuler la politique américaine.

Ainsi, de grandes entreprises, de riches individus et des groupes d'intérêts particuliers financent un éventail d'efforts concernant des questions, des politiques et des objectifs sociaux et économiques pour gagner les esprits et le soutien politique d'élus, de faiseurs d'opinion et d'électeurs. Une prolifération de messages soigneusement sélectionnés et magistralement construits est créée et distribuée, parfois sous l'apparence d'une éducation impartiale du public mais, le plus souvent, sous la forme d'un prosélytisme visant à déplacer l'opinion publique et la dynamique politique vers des objectifs conservateurs définis en faisant souvent appel à une information incomplète, trompeuse ou imprécise. Ces efforts sont des exemples infâmes d'une perte d'intégrité intellectuelle et d'éthique à son paroxysme, et sont pourtant souvent tolérés, alors qu'ils prêchent la haine dans une démocratie… »

T. Wallace poursuit ainsi [3] : « À partir des années 1960 et 1970, le milieu américain des affaires défia plus vigoureusement les efforts du gouvernement visant à imposer, en tant que coûts commerciaux, des objectifs socialement orientés vers les employés, des réglementations environnementales et des responsabilités de protection des consommateurs. Ces efforts furent perçus comme des ingérences d'un gouvernement tentant de restreindre le mécanisme de marché libre et furent vus comme des violations du droit privé du commerce ; ils déclenchèrent une action unifiée d'entreprises pour rechercher une protection sous le US Bill of Rights. Ainsi, les efforts du gouvernement pour protéger les droits individuels associés à l'emploi, à l'environnement et au consumérisme à l'intérieur d'une nation industrialisée moderne, furent présentés comme étant en conflit avec le droit des entreprises privées de maximiser les profits.

La lutte qui s'en suivit entre un pouvoir d'entreprise privée défiant le pouvoir public et l'État qualifié de régulateur, catalysa une importante unification du monde des affaires pour coopérativement planifier, financer et exercer des pressions pour des intérêts communs. En conséquence, l'entreprise consistant à mobiliser des ressources dans le secteur de l'entreprise et des plus riches Américains pour influencer les élections et prendre le contrôle de la politique et des processus gouvernementaux pris des proportions considérables. Des supercitoyens créèrent un système extrêmement efficace de prise de pouvoir sur le système de gouvernance de la Nation. »

[1] « America is Self-Destructing », Thomas Wallace, 2013 ; Author House, Bloomington, Indiana ; p. 300.

[2] Ibid ; pp. 301-302.

[3] Ibid ; pp. 302-303.

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20 août 2018

020 - Le Grand Complot de la haute finance (partie 1).

Durant la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont été l'un des seuls états impliqués dans la guerre à ne pas avoir connu de destructions matérielles sur son territoire (hormis Pearl Harbour). Cette période de conflit s'est par ailleurs accompagnée d'une transformation de l'industrie civile en une industrie de guerre très performante, avec une course à de nouvelles technologies militaires (aéronautique, atome, médecine, nouveaux matériaux…).

Ceci, ajouté au « baby boom » d'après guerre et à l'émergence d'un modèle social tourné vers la consommation (« la société de consommation »), a engendré une importante croissance de l'économie américaine. [1] Elle durera jusqu'à l'entrée dans une période de récession en avril 1960, [2] survenue après que la Réserve fédérale avait augmenté, en 1959, ses taux d'intérêts de 3,99 à 7,25 %. [3] Cette récession durera 10 mois ; elle prendra fin en février 1961 suite à l'élection, en janvier 1961, de John Fitzgerald Kennedy en tant que 35e président des États-Unis.

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J.F. Kennedy adhérait à une vision keynésienne de l'économie. Il mit en œuvre une politique de lutte contre la pauvreté et les discriminations. Kennedy injecta rapidement des milliards dans l'économie, il n'avait pas besoin de l'approbation du Congrès pour le faire. Il pilota directement les agences fédérales pour qu'elles anticipent le budget de leurs dépenses aussi vite que possible. Il abandonna un milliard de dollars d'aide aux autoroutes, il accéléra le paiement d'aides agricoles, le remboursements d'impôts et de dividendes d'assurance vie aux GIs. Il créa un programme d'aide alimentaire et étendit les agences pour l'emploi. Il demanda à la Réserve fédérale d'utiliser ses opérations de marché ouvert pour acheter des bons du Trésor afin de maintenir un taux bas d'intérêts à long terme et fit abaisser les taux à court terme de 4 % à 1,98 %. Le résultat fut que le PIB passa de 2,6 % en 1961 à 6,1 % en 1963. Mais cela s'accompagna d'une augmentation de la dette nationale de 23 milliards de dollars sur cette période (soit une augmentation de 8%). Kennedy a clairement dit que les dépenses gouvernementales continueront aussi longtemps que nécessaire pour non seulement mettre fin à la récession mais pouvoir repartir sur des bases solides. [3]

Une époque où la gouvernance faisait passer l'intérêt général avant celui du milieu de la finance.

020-B

Kennedy fut assassiné à Dallas le 22 novembre 1963.

Au cours de années 1960 l'économie américaine vit une augmentation de la concurrence internationale avec, en particulier, la fin de la reconstruction de l'Europe – dont la production fut relancée – puis l'émergence des économies asiatiques et notamment celle du Japon. Certaines industries américaines, comme celle de l'automobile, perdirent en compétitivité et déclinèrent. L'inflation apparut, les exportations baissèrent. La guerre de Vietnam coûtait très cher. La balance des paiements se retrouva en déficit et les réserves d'or du pays diminuèrent. [1]

Au cours de cette même période une crise urbaine s'installa à travers les États-Unis. Des ghettos de pauvreté naquirent dans les centres-villes, dans lesquels des communautés se regroupèrent (noire, latino). La communauté noire lança des mouvements de lutte contre la ségrégation, non-violents (pasteur Martin Luther King assassiné en 1968) ou plus radicaux (comme celui des Black panthers). En parallèle des mouvements de contre-culture se développèrent (féministe, hippie). Le président L. B. Johnson, qui succéda à J. F. Kennedy, garda un peu de la philosophie de gouvernance de son prédécesseur en menant une politique sociale en faveur des personnes âgées, des pauvres, des Noirs. [1]

Pendant ce temps, une mentalité matérialiste égocentrique s'était profondément ancrée parmi les riches individus, qui virent dans ce contexte une situation qui ne leur paraissait pas évoluer favorablement pour eux. Unis par une collusion d'intérêts, ils mirent en commun de grand moyens financiers pour influer en leur faveur sur la politique gouvernementale dont ils craignaient qu'elle s'oriente vers plus de la régulation. C'est le début du Grand Complot de la haute finance, aux États-Unis. [4]

Ainsi, à la fin du mandat de L. B. Johnson (démocrate), un candidat plus conservateur, R. M. Nixon (républicain), parvint à se faire élire en janvier 1969.

 

[1] https://www.assistancescolaire.com/eleve/TSTMG/histoire/reviser-le-cours/les-etats-unis-de-1945-a-1991-tstt_his_16

[2] https://en.wikipedia.org/wiki/Recession_of_1960%E2%80%9361

[3] https://www.thebalance.com/president-john-f-kennedy-s-economic-policies-3305560

[4] « America is Self-Destructing », Thomas Wallace, 2013 ; Author House, Bloomington, Indiana ; chapitre VIII Big Money's Grand Scheme.

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019 - Les Trente Glorieuses.

L'expression « Les Trente Glorieuses », fut introduite en 1979 par l'économiste français Jean Fourastié (1905-1990) pour désigner la période allant de 1945 à 1975. Elle est devenue un label pour désigner plus largement la période historique de croissance économique soutenue que connurent les pays occidentaux à cette époque. [1]

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À la libération du pays, le peuple de France était plein d'espoir en l'avenir, le pays était à reconstruire ce qui a généré une grande activité économique financée avec l'aide du plan Marshall américain. Au-delà d'un simple élan de solidarité, ces derniers trouvaient un intérêt à relancer l'économie de l'Europe de l'Ouest afin de ne pas favoriser une propagation de l'influence de l'Union Soviétique. L'activité économique fut également soutenue par une forte natalité (le baby boom), une forte innovation technologique catalysée par les efforts de recherche militaire engagés pendant la Seconde Guerre mondiale (d'où sont nés notamment le moteur à réaction et la maîtrise de l'énergie de fission nucléaire) et une forte exploitation des gisements de pétrole et autres ressources auxquelles la France, comme d'autres pays occidentaux, avaient directement accès dans de nombreuses colonies. Les moyens financiers et les politiques gouvernementales étaient donc essentiellement tournés vers la reconstruction et le développement du système productif.

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Il faut toutefois nuancer les choses quant aux effets sur la vie quotidienne des Français qui ne devinrent manifestes que tardivement. Les bénéfices de la croissance ont d'abord été absorbés par la reconstruction et les investissements productifs, puis par les guerres coloniales. Ce n'est qu'à partir de 1965 que l'équipement des ménages en biens durables (télévision, voiture, machine à laver, aspirateur) a dépassé 50 % (sauf pour le réfrigérateur dont un ménage sur deux était équipé à partir de 1963). [1]

[1] https://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=RHMC_601_0155

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28 juin 2018

018 - La crise de 1929.

Nous avons vu dans le billet n° 16 que la bourse de New York, créée en 1792 avec seulement 5 titres cotés, s'est ensuite rapidement développée avant d'adopter son mode de fonctionnement moderne en 1896 avec la création de l'indice Dow Jones qui permettait, pour la première fois, de refléter la tendance générale d'un ensemble d'actions.

La Première Guerre mondiale passée, les années 1920 furent une époque de paix, de prospérité et de boom culturel qui vit un développement de l'industrialisation et de popularisation de nouvelles technologies telles que la radio, l'automobile et l'aviation. [1]

À partir de 1921 le cours du Dow Jones s'envola, suscitant une rapide expansion de la spéculation sauvage. Les banques US accordaient des crédits pour acheter des actions en bourse. Avec 100 $ de dépôt on pouvait avoir jusqu'à 900 $ de crédit pour acheter des actions. [1] Ces 900 $ pour 100 $ étaient de la création monétaire incontrôlée (voir billet n°3 pour le contexte).

« Investir en bourse devint rapidement le passe temps favori des américains alors que les investisseurs espéraient réaliser de gros gains. Des investisseurs hypothéquèrent leur maison et investirent les économies d'une vie dans des actions risquées telle que Ford et RSA (*). Pour l'investisseur moyen, les actions étaient une placement sûr. Peu de gens s'étaient réellement penchés sur la situation financière et le domaine d'activité des entreprises dans lesquelles ils investissaient. Des milliers de sociétés furent frauduleusement créées pour berner des personnes crédules. Beaucoup d'investisseurs n'imaginaient même pas qu'un krach boursier soit possible – dans leurs esprits, un marché d'action devait toujours progresser. » [1]

(*) Entreprise US d'exploitation minière et pétrolière.

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De 1921 à 1929, le Dow Jones progressa de 60 à 400 points. « En 1929, la Réserve fédérale augmenta plusieurs fois les taux d'intérêt afin d'essayer de calmer une économie et des marchés financiers en surchauffe. Le jeudi 24 octobre 1929 un vent de panique poussa les investisseurs à vouloir vendre précipitamment leurs actions quand ils réalisèrent que leur boom inflationniste était en réalité une bulle spéculative. » Le cours des actions s'effondra le lundi noir 28 octobre et le mardi 29 octobre. De nombreux investisseurs se retrouvèrent presque instantanément en faillite. [1]

Au cours du mois de novembre 1929, le Dow Jones retomba de 400 à 145 points. À la fin de 1929 16 milliards de dollars de capitalisation étaient partis en fumée.

Mais il y eu pire encore. De nombreuses banques avaient investi leurs dépôts dans les marchés financiers et perdirent ainsi l'épargne de leurs déposants quand les actions plongèrent. Les banques se retrouvèrent rapidement en défaut de liquidité quand leurs clients voulurent retirer leurs économies tous en même temps. Les grandes banques et sociétés de courtage devinrent insolvables, amplifiant le krach des marchés d'actions. Le système financier était exsangue. Beaucoup de riches spéculateurs soudainement en faillite se suicidèrent en se jetant du haut des buildings. Même des client de banques qui n'avaient pas investies dans des actions se retrouvèrent sur le carreau alors que 140 milliards de dépôts avaient disparu et que 10 000 banques avaient fait faillite. [1]

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Mais le krach des marchés action de 1929 ne fit pas que des perdants. Certains avaient compris à l'avance qu'une bulle spéculative allait exploser. Ainsi un certain Jesse Livermore vendit ses actions avant qu'elle ne s'effondrent et les racheta après la baisse empochant ainsi un gain de 100 millions de dollars. Joseph Kennedy, le père du président J. F. Kennedy, en fit de même et gagna lui aussi des millions de dollars. [1]

Par la suite de nombreux travailleurs américains perdirent leur emploi et une pauvreté de masse s'instaura. D'anciens hommes d'affaires millionnaires en furent réduits à vendre des pommes et des crayons aux coins des rues. Un tiers des Américains vivaient à présent au-dessous du seuil de pauvreté. [1]

Le chômage augmenta jusqu'à un taux de 23 % au cours de l'année 1933. Ensuite le PIB commença à recroître. Il retrouva son taux d'avant-crise en 1939 puis la croissance se poursuivit et le taux de chômage décrut rapidement jusqu'à un minimum de 2 % en 1943. [2]

La période allant du krach de 1929 à 1939 est appelée la Grande Dépression.

Quant au Dow Jones, il fallut attendre 1955 pour le voir battre son plus haut d'avant le krach de 1929. [1]

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Le krach de 1929 et le début de la Grande Dépression qui a suivi ont conduit le Congrès américain à s'inquiéter des pertes que la volatilité des marchés d'action pour faire subir au système d'opérations commerciales et de paiements des banques. Une loi fut conçue dont la principale motivation fut le désir de restreindre l'usage des banques de crédit pour la spéculation et de diriger le crédit bancaire vers des usages plus productifs tels que le commerce, l'industrie et l'agriculture. Cette loi fut dénommée loi Glass-Steagall du nom de ses deux principaux promoteurs, Carter Glass, un ancien secrétaire au Trésor, et Henry Steagall, président du Comité des banques et de la monnaie. Elle fut promulguée en juin 1933 par le président Franklin D. Roosevelt. Ses principales dispositions visaient à véritablement séparer les activités de banque commerciale et de banque d'investissement. En pratique, les banques commerciales qui recevaient les dépôts et octroyaient des prêts n'eurent plus le droit de faire du commerce de titres, tandis que les banques d'investissement, qui faisaient du commerce de titres, ne furent plus autorisées à avoir de liens étroits avec les banques commerciales, tels qu'avoir une direction commune et les mêmes propriétaires. Après la promulgation de la loi, chaque institution financière eut un délai d'un an pour décider si elle se spécialisait en banque commerciale ou en banque d'investissement. Il était interdit à une banque commerciale de voir plus de 10 % de ses revenus provenir du commerce de titres. [3]

[1] http://www.thebubblebubble.com/1929-crash/

[2] https://en.wikipedia.org/wiki/Great_Depression

[3] https://www.federalreservehistory.org/essays/glass_steagall_act

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03 juin 2018

017 - Informatisation de la finance.

Nous avons vu dans le précédent billet n°15 qu'à Wall Street fut instauré en 1971 un nouvel indice Nasdaq qui regroupait essentiellement des entreprises du secteur de la technologie de l'information. Ce n'est donc pas une surprise que cet indice ait été, dès sa création, un marché d'action électronique. Au début ce n'était toutefois qu'un simple système de cotation qui ne permettait pas de faire des transactions électroniques. Au fil des années, le système de transactions du marché d'actions Nasdaq devint de plus en plus électronique et c'est ce marché qui instaura le passage d'ordres en ligne. Il attira bien évidemment des entreprises telles que Microsoft, Apple, Oracle, etc. [1]

C'est en 1985 que vit le jour aux USA la première plate-forme grand public permettant d'effectuer des transactions boursières en ligne : Trade*Plus. [2]

Par ailleurs, en 1988 fut posé le premier câble optique transatlantique, le TAT-8. Ce n'est très probablement pas un hasard s'il reliait l'Angleterre et la région de New York.

En effet, en 1992, grâce au TAT-8, le marché d'action Nasdaq fut électroniquement relié à celui de Londres pour former le premier marché de titres intercontinentalement connecté. [1] Ce fut là le début d'Internet.

En 1994, le premier site Internet de transactions boursières en ligne fut mis en place par la société de courtage US : K. Aufhauser & Company. [2]

L'informatisation de flux d'ordres pour les marchés financiers de Wall Street commença au début des années 1970, mais ils s'exécutaient manuellement. Des programmes s'exécutant automatiquement se répandirent dans les années 1980. [3] Depuis 2014, plus de 75 % des transactions boursières de Wall Street sont générées par des systèmes de passage d'ordre automatisés (ATS : Automated Trading System). [4]

017-

Chaque place financière possède a priori aujourd'hui un centre de données des marchés d'action sous la forme de serveurs informatiques qui sont reliés via un service de distribution en réseau aux fournisseurs de services financiers et aux centres de données des maisons de courtage (image X). Toute cette architecture fonctionne via Internet avec des protocoles IP, des technologies et des routeurs spécifiques. [5]

On se doute bien que les serveurs serveurs informatiques servant de centre de données à une place boursière doivent être physiquement situés dans des lieux secrets et ultra sécurisés.

L'informatisation des différents marchés de la Bourse de Paris s'est opérée de 1988 à 1998. La célèbre corbeille du palais Brongniart fut démontée le 10 juillet 1987. Le printemps 1998, marqua la fin de la dernière criée.

[1] https://en.wikipedia.org/wiki/NASDAQ

[2] https://en.wikipedia.org/wiki/Investing_online

[3] https://en.wikipedia.org/wiki/Algorithmic_trading

[4] https://en.wikipedia.org/wiki/Automated_trading_system

[5] https://www.cisco.com/c/dam/en_us/solutions/industries/docs/finance/md-arch-ext.pdf

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