Aux origines de l'histoire sociale de l'homo-sapiens, les premières sociétés étaient constituées de petits groupes de chasseurs et de cueilleurs dont la sécurité et la survie reposaient sur la coopération, la loyauté et la confiance qu'ils avaient entre eux.

Ces groupes avaient une structure sociale de clans (c'est-à-dire familiale). La notion de propriété privée et de possession personnelle n'existait pas. « Tous les membres bénéficiaient de la même manière de la manne des avantages et de la bonne fortune de la communauté. » [1]

On imagine que des clans voisins pouvaient s'échanger de la nourriture, des vêtements, du combustible, des armes pour la chasse, sous forme de troc pour des lots estimés d'un commun accord d'égale valeur.

C'est vers 8000 avant J.‑C. que les hommes commencèrent à élever des animaux et à cultiver des champs. « Cette transition produisit la motivation et l'incitation pour étendre la famille et les associations de clans en des groupes communaux moins centrés sur la cellule familiale mais potentiellement plus profitables sur le plan économique. » [2]

Avec l'utilisation de nouveaux outils et de nouvelles connaissances : « La production agricole évolua jusqu'au degré auquel des excédants de nourriture furent utilisés comme une source de richesse. Cette transition étendit le concept de travail au-delà des approvisionnements individuels de sa propre nourriture, ses propres vêtements et son propre combustible, ce qui conduisit à l'apparition de marchands, d'un clergé et de divers autres pourvoyeurs de nouveaux services. » [2]

Propulsons-nous par la pensée dans un village gaulois, tel le village mythique d'Astérix.

Pour se protéger des intrusions et des agressions extérieures de tels villages étaient entourés d'une palissade de poteaux de bois. Dès la constitution d'un village, pour la sécurité de la communauté, une telle palissade devaient être construite. Il est bien évident qu'une activité efficace de la communauté résidait dans le fait que certains membres se consacrent à la construction de la palissade d'enceinte, pendant d'autres s'occupaient d'activités agricoles, de chasse, de pêche, ou autres services, dont devaient aussi bénéficier ceux construisant la palissade. Dans une telle organisation sociale, le troc a atteint ses limites et un autre moyen d'échange des biens et des services est nécessaire : la monnaie.

La monnaie gauloise est apparue au IVe siècle avant J.‑C. Elle était régionale. Dans l'actuel bassin parisien (qui était habité par les Parisii) la monnaie était faite de pièces d'or, appelées statères.

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L'apparition de la monnaie est toutefois plus ancienne. À Athènes et à Sparte, elle existait dès le Xe siècle avant J.‑C. [3]

Le commerce, lui, remonte aux Sumériens, vers 5000 avant J.‑C., et c'est à cette époque qu'est apparu le concept de dette. Les Sumériens écrivaient sur des tablettes d'argile qui avait une dette envers qui et pourquoi. C'est bien sûr un système de comptabilité des plus fastidieux et restrictif. Restrictif dans le sens qu'il ne considère pas des activités qui ne seraient pas réalisées au bénéfice d'un individu spécifiquement identifié mais d'un groupe d'individus ou plus largement de la communauté dans son ensemble, comme dans le cas de la construction d'une palissade autour d'un village gaulois.

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La monnaie est venue plus tard simplifier les choses en ignorant à qui en particulier une certaine activité d'un autre membre d'une communauté a bénéficié et en considérant toujours que le bénéfice a été rendu à la communauté monétaire dans son ensemble, qui est ainsi redevable au possesseur de la monnaie de la valeur en biens et services reconnue comme représentant la contrepartie de l'activité qu'il a réalisée et pour laquelle il n'a pas encore réclamé cette contrepartie (mesurée par le pouvoir d'achat de la monnaie).

On voit bien ainsi que la monnaie représente une dette en biens et services de la communauté monétaire envers le possesseur de la monnaie, une dette sans intérêts et remboursable sur demande, c'est-à-dire lorsque le possesseur de la monnaie décide de la dépenser. Ainsi, dans son rôle fondamental et original, l'ensemble de la monnaie d'une communauté « représente la valeur globale de la richesse que la communauté préfère se voir lui être due plutôt que de la posséder » [4]. Si personne ne possède cette richesse due, c'est bien sûr qu'elle n'existe pas encore, qu'elle n'a pas encore été créée. Là se trouve l'origine de l'expression « richesse virtuelle » introduite par Frederick Soddy ; elle représente la totalité de la dette en richesse possédée par des individus et due par la communauté.

Le fait que, dans une communauté, de la richesse qui n'existe pas encore soit due à des individus ne répond pas qu'à un besoin de convenance personnelle (garantir sa subsistance dans ses vieux jours, ou économiser en vue d'un achat important, par exemple), c'est aussi un impératif. En effet, une richesse ne peut être en général créée qu'après y avoir d'abord investi une certaine quantité d'activité humaine (par exemple le paysan doit d'abord labourer son champ, le semer, puis le moissonner avant que la richesse constituée par la récolte ne se concrétise). C'est la concordance des deux aspects venant d'être évoqués qui justifie que la monnaie constitue une dette sans intérêt.

[1] « Richesse, Énergie et Valeurs humaines » de Thomas Wallace, 2009, traduction française par Jean-Paul Devos, édition Persée, en cours de parution, p. 417.

[2] Ibid., p. 165

[3] « Richesse, Richesse virtuelle et Dette » de Frederick Soddy, 1926, traduction française par Jean-Paul Devos, édition Persée, 2015, p. 152

[4] Ibid., p. 148.