La plus ancienne activité pouvant être qualifiée de bancaire est le comptoir de change (conversion d'une monnaie en une autre) dont la première trace connue se situe dans la Grèce antique en 436 avant J.‑C. Les tous premiers « banquiers » grecs semblent avoir été des prêtres. Assez rapidement apparurent ensuite les opérations de prêt contre intérêts.

Ces mêmes activités bancaires virent le jour un peu plus tard dans la Rome antique, au IIe siècle avant J.‑C. La fonction de banquier y était alors tenue par des orfèvres. [1] Mais ce n'est que bien plus tardivement que se développa réellement la banque de dépôt.

La première banque, au sens que nous lui attribuons aujourd'hui, fut créée à Venise en 1151. C'est ensuite, toujours en Italie, que les Médicis créèrent le premier réseau de banques. L'origine du mot « banquier » provient du fait que les Médicis traitaient leurs affaires directement dans la rue, assis sur des bancs, ce qui les fit se voir appelés « banquieri ». [1] Les banques des Médicis s'internationalisent à partir de 1385 (Genève, Avignon, Londres) mais l'activité bancaire demeure un fait marginal dans l'économie.

Jusque-là et pendant ce temps, en France, les rois se contentaient essentiellement des revenus des domaines héréditaires pour subsister et entretenir leur cour. C'est 14 années avant la fin de la guerre de Cent Ans qu'est né en France l'impôt permanent. L'ordonnance fut promulguée le 2 novembre 1439 par Charles VII afin de créer une armée royale régulière dans le but de bouter les Anglais hors de France. [2]

Mais c'est finalement vers les pays protestants, et tout particulièrement l'Angleterre, qu'il faut tourner notre regard pour découvrir, deux siècles plus tard, au XVIIe siècle, les circonstances qui ont conduit au réel développement du système bancaire.

L'Angleterre traversa des temps troublés de guerres civiles durant le règne de Charles Ier, de 1625 à son exécution en 1649. À la même époque, l'Europe était déchirée par une série de conflits armés entre protestants et catholiques, que les historiens ont appelés la guerre de Trente Ans (1618‑1648). Pour mener des opérations militaires coûteuses, Charles Ier avait besoin d'un financement que le Parlement refusa de lui accorder par l'impôt. Après l'avoir dissous à deux reprises, il préleva des impôts et des taxes sans son accord et leva des fonds auprès de la noblesse. [3]

Ce doit être tout particulièrement à cette époque que l'Anglais Frederick Soddy se réfère quand il nous explique que « quand ils avaient besoin d'or et d'argent, les rois avaient l’habitude d’en emprunter en urgence, parfois sans la formalité du consentement de leurs propriétaires ; il devenait de la sorte extrêmement risqué de le déposer dans le donjon ou autre bastion prévu à cet effet ». On peut également lire en référence [4] : « Les marchands qui déposaient l'or à l'Hôtel des Monnaies (situé dans la Tour de Londres) s'en virent délesté par Charles Ier d'Angleterre qui n'accepta de le restituer que contre un prêt sans intérêt. »

Soddy poursuit ensuite : « Dans ces circonstances, les orfèvres faisaient complaisamment office de consignataires pour les fonds de roulement des marchands ou autres et, au fil du temps se transformèrent en banquiers. » Nous avons vu que des orfèvres avaient déjà fait office de ce qui s'apparente à des banquiers du temps de la Rome antique, mais peut-être que Soddy et même plus largement les historiens l'ignoraient au début des années 1920. La suite de l'extrait cité de Soddy est : « Détenant des stocks de monnaie de leurs différents clients, ils [les orfèvres] furent tracassés de voir de si grosses sommes de "richesse" rester dormantes et improductives, et ils en prêtèrent une proportion raisonnable à des personnes sûres contre intérêts, sachant par expérience que tous leurs dépositaires ne voudront pas récupérer leur monnaie le même jour. Mais quand il arrivait que des marchands, avec des transactions mutuelles, fissent leurs dépôts auprès du même orfèvre, ils trouvèrent pratique de délivrer à ce dernier un ordre écrit pour se payer l'un l'autre par débit et crédit sur leurs comptes respectifs plutôt que de retirer eux-mêmes leur monnaie à cet effet. C'est ainsi qu'est né le chèque moderne… » [5].

 

003-AC'est en réalité les Lombards qui inventèrent, au XIVe siècle, le premier ordre écrit : la lettre de change. Elle facilitait le commerce entre régions éloignées. Plutôt que de transporter la monnaie - ce qui présentait des inconvénients (poids) et des dangers (brigands) – l'acheteur d'une région donnait à un changeur proche de chez lui la monnaie correspondant au montant de la transaction ; ce dernier envoyait alors à un autre changeur de la région du vendeur une lettre de change du montant convenu ; le vendeur pouvait ensuite recevoir la monnaie auprès de ce second changeur. Le reste n'était qu'une question d'équilibrage de débit/crédit entre changeurs.

Qu'il s'agisse de l'ordre écrit évoqué par Soddy ou de la lettre de change, de telles pratiques étaient toutefois limitées par la confiance que le titulaire de l'ordre ou de la lettre devait avoir en la solvabilité de son signataire comme en celle de l'orfèvre-banquier ou des changeurs. Mais à partir de 1640 les orfèvres de Londres, et d'Amsterdam, avaient établi un large réseau de correspondants de confiance. [6] C'est ainsi qu'est né le billet de banque, un récépissé qui consistait en une promesse du banquier de payer sur demande au détenteur du billet la somme représentant la valeur de l'or déposé. [5] Les orfèvres-banquiers en vinrent ainsi à délivrer non plus un certificat de dépôt à vue détaillé et nominatif de l'or (ou autres objets précieux) déposés, mais un billet faisant office de certificat de dépôt anonyme (au porteur) n'indiquant plus que la valeur monétaire du dépôt.

Puisque ces billets sont établis au porteur, le détenteur d'un tel billet pouvait s'en servir pour payer une transaction sans être obligé de venir retirer de la monnaie de métal précieux.

Au début, le montant total des billets en circulation était strictement égal à la valeur du stock d'or déposé. Si cette éventualité avait pu se produire, tous les possesseurs de billets auraient pu se présenter en même temps et retirer l'or correspondant en échange de leurs billets.

C'est ensuite que l'activité bancaire a commencé à dévier des lois de conservation de la physique et d'une économie scientifique.

Citons encore Frederick Soddy : « L'orfèvre, maintenant devenu banquier, constata par expérience qu'il était en permanence en possession d'un stock d'or bien plus grand qu'il n'avait jamais eu à en décaisser. Aussi longtemps qu'un billet de banque circulait, l'or dont il était le récépissé restait inutilisé dans un coffre. » [5] C'est ainsi qu'apparurent, en 1665, les premiers prêts avec intérêts, sous forme d'émission de billets non pas en contrepartie d'un dépôt d'or, mais d'une reconnaissance de dette [6]. Cette année 1665 marque donc la première création de monnaie « ex-nihilo », une monnaie créée par la plume et l'encre d'un banquier-orfèvre, une monnaie qui n'est la contrepartie d'aucune vraie richesse. Nous reviendrons sur ces notions dans des articles ultérieurs.

L'année 1694 vit la création de la Banque d'Angleterre (banque privée) qui commença à émettre ses propres billets dès 1696 et obtînt en 1708 le monopole de leur création pour l'Angleterre et le Pays de Galles [4].

 

003-B

 

De par ce monopole de la création des billets attribué à la Banque d'Angleterre, les autres banquiers anglais ne pouvaient plus émettre de billets. C'est ainsi qu'ils inventèrent, en 1742, le chèque bancaire.

« En France, les premiers chèques n'ont été émis qu'en 1826, par la Banque de France, sous le nom de "mandats blancs". Ils permettaient d’opérer le retrait de fonds reçus en dépôt sans intérêt par la Banque. Les chèques ont été introduits en France sous leur forme actuelle avec la loi du 14 juin 1865 mais leur usage est resté peu répandu jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. » [7]

Mais en Angleterre, la popularité du chèque, qui permet de se passer complètement de monnaie, est rapidement devenue de plus en plus grande. La monnaie ainsi libérée pouvait être réutilisée par le banquier pour la prêter. Mais l'emprunteur, à son tour, ne réclamait généralement pas le montant du prêt en billets de banques, un carnet de chèques faisait très bien l'affaire pour réaliser les achats ou les investissements auxquels le prêt était destiné. « La monnaie d'origine est ainsi utilisée encore et encore et, à partir d'une quantité initiale de dépôts, des créances sont littéralement créées par la pointe du stylo, pour des montants plusieurs fois supérieurs à la valeur des richesses possédées par d'autres personnes tout à fait innocentes et dépourvues de soupçons. » [8]

« … la loi agit avec une extrême sévérité contre les faux-monnayeurs… mais permet aux banques de créer à grande échelle de la nouvelle monnaie, pour la prêter avec intérêt, par les mêmes méthodes… » [8]

Ainsi « la plus grande part des dépôts bancaires consiste, non pas en espèces déposées, mais en crédits empruntés » [9] : C'est-à-dire non pas en épargne authentique représentant la compensation d'une création de richesse, mais en monnaie créée à partir du néant.

 

[1] http://tpe-histoire-des-banques.e-monsite.com/pages/de-l-antiquite-au-xviiieme-la-creation-et-l-expansion-des-banques.html

[2] https://www.herodote.net/2_novembre_1439-evenement-14391102.php

[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Ier_(roi_d%27Angleterre)

[4] https://www.dissertationsenligne.com/Art/Analyse-De-La-Faible-Bancarisation-Cas-Du/17643.html

[5] « Richesse, Richesse virtuelle et Dette » de Frederick Soddy, 1926, traduction française par Jean-Paul Devos, édition Persée, 2015, pp. 155-156.

[6] https://postjorion.wordpress.com/2010/08/05/117-a-j-holbecq-comment-les-orfevres-devinrent-banquiers/

[7] https://www.gralon.net/articles/economie-et-finance/credit/article-le-cheque---histoire-et-caracteristiques-1113.htm

[8] « Richesse, Richesse virtuelle et Dette » de Frederick Soddy, 1926, traduction française par Jean-Paul Devos, édition Persée, 2015, p. 157.

[9] Ibid, p. 159.