C'est là la clé de l'aspect philosophique de l'économie.

Dans la Grèce antique, Aristote proposa de définir la richesse « comme toute chose dont la valeur peut être mesurée en monnaie ». Les Romains, pragmatiques, la définirent comme « ce qui peut être acheté et vendu ». [1]

Cependant nous avons vu (billet n°2 : « Histoire et tôle fondamental de la monnaie ») que la monnaie est une simple prétention à obtenir des biens qui n'ont pas encore été créés et des services qui n'ont pas encore été rendus, et qu'elle ne constituent ainsi qu'une richesse virtuelle. Définir la vraie richesse, la chose désirée, par la monnaie, c'est donc un peu comme définir un litre de lait par un récipient vide permettant de mesurer son volume. C'est pourtant cette étrange logique qui a toujours eu cours et exercé une attraction puissante sur les décisions humaines, faisant que les sociétés ont généralement été administrées non pas pour ce qui crée le bien-être mais pour ce qui crée la demande.

Le premier à proposer une vision un peu différente fut Karl Marx. Soddy a écrit [1] : « Karl Marx, contrairement à la croyance répandue, n'essaya pas de montrer que l'origine de la richesse est le travail humain, mais plutôt que c'est la valeur d'échange ou le prix monétaire de la richesse qui l'est. »

006-A

Plutôt que de rester empêtrés dans des définitions relatives de la richesse au travers des façons particulières par lesquelles elle peut être mesurée, Frederick Soddy [2] a proposé de la définir de manière absolue : « Une définition de la richesse doit s'appuyer sur la nature de la richesse matérielle, dans le sens des nécessités physiques qui permettent et valorisent la vie humaine – c'est-à-dire qui fournissent aux êtres humains les moyens de vivre, d'aimer, de penser, de rechercher la moralité, la beauté et la vérité. »… Autrement dit toutes les nécessités physiques qui contribuent à la survie et au bien-être d'une communauté.

Ainsi, dans l'absolu, la richesse ne se définit pas par la valeur monétaire à laquelle elle peut être échangée, mais par la quantité de bien-être humain apporté par sa création ou sa consommation.

 

[1] « Richesse, Richesse virtuelle et Dette » de Frederick Soddy, 1926, traduction française par Jean-Paul Devos, édition Persée, 2015, p. 82.

[2] Ibid, p. 119.