Le caractère réel, matériel, de la richesse-énergie fait que son comportement ne peut que répondre aux lois naturelles et supérieures de la physique.

Nous avons vu dans le billet n°7 « Le rôle de l'énergie » que tout travail, toute activité humaine, ne peuvent être tirés que de la transformation d'un flux d'énergie disponible ; et il en va de même plus largement de la vie et du fonctionnement économique, culturel et politique d'une société.

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Le domaine des sciences qui s'intéresse aux phénomènes de transferts d'énergie s'appelle la thermodynamique. La thermodynamique s'appuie sur deux principes. Le premier est le principe universel de conservation de l'énergie. Le second principe, le principe dit d'entropie, traduit le caractère irréversible, dans le monde réel, d'une transformation changeant l'état d'un système matériel. Ainsi, si l'on met en contact un corps chaud avec un corps plus froid, de l'énergie thermique (de la chaleur) va naturellement s'écouler du corps chaud vers le corps froid. Le phénomène inverse où de la chaleur s'écoulerait spontanément du corps froid vers le corps chaud n'a jamais été observé dans l'univers. Quand on met en contact un corps chaud avec un corps froid, c'est le corps chaud qui se refroidit et le corps froid qui se réchauffe, jamais l'inverse. Au bout d'un temps suffisant, les deux corps atteindront un point d'équilibre où ils seront à la même température et où il n'y aura plus aucun flux de chaleur. Pendant ce temps, si le système corps chaud + corps froid est thermiquement isolé du milieu environnant, son énergie thermique totale reste inchangée.

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Une autre façon de concevoir le second principe de la thermodynamique est que tout système matériel évolue spontanément d'un état plus ordonné vers un état moins ordonné. Illustrons ceci avec l'exemple d'un billard américain. Au début de la partie les boules sont disposées selon un arrangement triangulaire. Lors du premier coup, le joueur frappe avec sa queue de billard une boule blanche qui vient heurter l'arrangement triangulaire des autres boules, les éparpillant sur la table de billard. Même si aucune de ces boules ne tombe dans l'un des trous du billard dès le premier coup, même le joueur de billard le plus habile vous dira que jouer ensuite le coup inverse qui ramènerait toutes les boules dans leur arrangement triangulaire initial est si improbable que personne n'a jamais réussi un tel coup et qu'il peut être jugé impossible.

Ceci traduit le caractère intrinsèquement irréversible de la transformation des systèmes matériels. Nous n'allons bien sûr pas entrer ici dans les méandres de cette science particulièrement complexe qu'est la thermodynamique.

Nous nous limiterons à noter que des implications dans notre vie courante en sont : que les biens matériels se dégradent inexorablement avec le temps ; que nous vieillissons ; et, plus largement, que nous avons la perception d'un temps qui passe.

Elle implique aussi que la matière inerte de l'univers devient de plus en plus désordonnée. Le seul phénomène qui y crée localement plus d'ordre est la vie. Mais afin de continuer d'exister cette dernière doit en permanence pouvoir consommer un flux d'énergie disponible en provenance du monde inanimé, en y créant ainsi plus de désordre que d'ordre n'est créé dans le système vivant.

Plus une société devient mature, donc ses structures de fonctionnement deviennent complexes, et plus elle tend à consommer de l'énergie par habitant et à créer de désordre dans son environnement.

Un autre aspect des choses est que l'avancement technologique d'une société lui permet de consommer plus efficacement (avec moins de pertes) ses ressources en énergie et d'en maîtriser de nouvelles.