Nous avons décrit dans le billet précédent quel devrait être le fonctionnement naturel d'un système économique. Toute personne qui s'est un peu intéressée au sujet aura pu constater que notre système économique actuel s'avère fonctionner d'une manière très éloignée de celle précédemment décrite.

Dans ce billet nous allons analyser comment, en particulier, fonctionne le système monétaire d'un point de vue macroscopique. La première question est : Qui crée la monnaie et comment ? Nous avons déjà donné des éléments de réponse à cette question dans le billet n°3 « Histoire du système bancaire ».

 

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Aujourd'hui, dans la plupart des pays industrialisés, la totalité de la monnaie en circulation a été créée, à l'origine, par un prêt bancaire ; même la monnaie servant à financer la dette publique. Dans la zone euro, depuis 1992, l'article 104 du traité de Maastricht oblige les états à financer la dette publique auprès des banques privées [1] - cet article a été repris tel quel dans l'article 123 du traité de Lisbonne de 2007. [2] Ainsi la politique monétaire échappe entièrement au contrôle des États et la quantité de monnaie en circulation ne peut être régulée de manière à une quelconque politique monétaire, que ce soit une politique visant un fonctionnement naturel du système économique tel que décrit dans le précédent billet ou toute autre politique. La monnaie est créée par le surplus de crédits que les banques décident d'accorder en réponse à des demandes de clients par rapport à la destruction de monnaie que représentent les paiements d'échéance sur des crédits précédemment accordés. Ainsi toute la monnaie en circulation – nécessaire au fonctionnement du système productif – représente le capital à rembourser de l'ensemble des prêts bancaires. Ce capital ne peut cependant pas être remboursé sous peine d'effondrer le système économique. Et il y a pire : les prêts sont octroyés par les banques moyennant intérêts. Si toute la monnaie en circulation représente le capital à rembourser de l'ensemble des prêts en cours, cela signifie que la monnaie permettant le paiement des intérêts n'existe pas. Elle devra être obtenue par de nouveaux prêts accordés à des gens en contrepartie d'un engagement d'activités futures jugé acceptable par une banque. Nous sommes clairement dans une fuite en avant demandant toujours plus de croissance dans un monde aux ressources finies. Un tel système ne peut être durablement maintenu et est donc voué à s'effondrer. La seule question est : Jusqu'à quand va-t-il encore pouvoir tenir ? Ce dont on peut être certain est qu'avec le temps qui passe, la probabilité de survenue de l'événement déclencheur augmente.

À la lecture de ce qui vient d'être mentionné, le lecteur perspicace rétorquera que les banques ne détruisent pas la monnaie qu'elles perçoivent au titre des intérêts sur les prêts et que même si, bien sûr, cela s'apparente à un vol, la monnaie correspondante n'en continue pas moins d'exister au sein du système économique. Nous entrons là dans un aspect plus complexe qui sera abordé ultérieurement, mais nous verrons que cela n'enlève rien au caractère problématique de ce mode de fonctionnement.

 

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Le lecteur avisé pourra aussi faire remarquer que le crédit bancaire crée la monnaie virtuellement, en rajoutant des chiffres sur un compte bancaire avec un clavier d'ordinateur, et que si, certes, la monnaie scripturale représente aujourd'hui de l'ordre de 95 % des avoirs monétaires, environ 5 % de ces avoirs prennent la forme matérialisée de billets de banque. Il faut toutefois se poser la question de savoir comment ces billets de banque sont mis en circulation.

L'impression des billets de banque reste, comme par le passé, une prérogative exclusive d'une banque centrale comme la Banque de France. Mais cette monnaie fiduciaire n'est plus, comme le furent par le passé les pièces de monnaie en métal précieux ou les billets de banque, directement injectée dans le système économique productif, elle n'y arrive que par l'intermédiaire des distributeurs de billets des banques privées que la banque centrale approvisionnent en billets. Lorsqu'un client retire de la monnaie sous forme de billets de banque son compte bancaire est débité du même montant. Une telle opération n'est donc pas une injection de monnaie, c'est simplement une certaine quantité de monnaie qui change de forme : de la monnaie scripturale est transformée en monnaie fiduciaire, et inversement en cas de dépôt d'espèces.

Dans [3], Gérard Foucher détaille de manière très pédagogique le sujet du système monétaire. Le lecteur pourra se reporter à cet ouvrage pour en savoir plus.

[1] https://europa.eu/european-union/sites/europaeu/files/docs/body/treaty_on_european_union_en.pdf, p. 26 (Le lien vers le texte en français n'existe plus).

[2] http://www.assemblee-nationale.fr/13/pdf/rap-info/i0439.pdf, p.104.

[3] « Les secrets de la monnaie » de Gérard Foucher, 1996, Liberty Books.