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Une économie industrielle est une économie où la production de biens et de services est communautaire et fortement sectorisée. Chaque acteur est spécialisé dans un secteur bien défini du système productif. Les processus de production et d'activité sont de plus en plus efficaces au fur et à mesure de l'évolution des connaissances scientifiques, des techniques et des méthodes. Cependant cette amélioration de l'efficacité se fait en général par l'invention de machines toujours plus complexes et coûteuses (par exemple des robots) dans lesquelles il est nécessaire d'investir de plus en plus d'activités et de ressources avant qu'elles puissent être utilisées pour entreprendre avec plus d'efficacité et de productivité le processus de production pour lequel elles ont été inventées. De tels investissements constituent le capital nécessaire au processus de production. Pour que le capital nécessaire soit constitué il faut que des individus consacrent à cela du temps et/ou de l'épargne, ou bien que ce capital soit financé par une dette envers ceux qui ont consacré du temps et/ou des ressources pour constituer le capital (richesse durable).

Ce qui différencie une société dite capitaliste d'une société dite communiste est que dans le premier cas le capital a des propriétaires privés tandis que dans le second cas le capital appartient à l'État. Dans une société communiste le capital est donc obligatoirement financé par une dette sans intérêt (une dette monétaire, autrement dit une émission de monnaie par l'État) au bénéfice de ceux qui ont consacré de l'activité à la création du capital. Depuis le début de l'ère industrielle, dans de nombreux pays non communistes, le système a souvent été un certain mélange de capital privé avec une part plus ou moins grande de capital public. Il est naturel et nécessaire que ceux qui ont investi dans du capital privé perçoivent des intérêts. D'une part, le capital ne peut en général pas être remboursé. Au bout d'un certain nombre d'années, une machine, par exemple, ne vaudra plus rien soit parce que l'usure du temps l'aura mise hors d'usage, soit parce qu'elle sera devenue obsolète et non compétitive par rapport à de nouvelles machines ou procédés plus récents et performants. Les intérêts constituent le moyen de rembourser le capital. D'autre part, il est également normal que ceux qui ont fait abstinence de consommer ce à quoi de la monnaie qu'ils possédaient donnait droit, pour investir à la place dans de la création de richesse future reçoivent pour cela une récompense constituée par un supplément d'intérêt par rapport à la part représentant le remboursement du capital.

Plus une société est technologiquement avancée, plus le capital qu'il est nécessaire d'investir par nouvel habitant est important.

Une conséquence du second principe de la thermodynamique (entropie) est que le capital, en tant que quantité physique, matérielle, se dégrade inexorablement avec le temps, contrairement à la dette, qui est une quantité imaginaire créée par l'esprit humain et qui n'est pas affectée par le temps qui passe.

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Frederick Soddy a par ailleurs soulevé une question sociale délicate du point de vue de l'éthique quant à la possession privée du capital : « … quand un ensemble de personnes possède le capital et un autre ensemble le met en œuvre. Il n’y a aucune méthode théorique connue pour égaler la somme totale d’heures de travail dépensées antérieurement dans l’approvisionnement du capital avec l’actuelle dépense continue d’heures de travail pour le rendre productif ; autrement dit, on ne sait pas déterminer ce qui, éthiquement, est la juste distribution du rapport. » [1] C'est-à-dire que l'on sait combien il a fallu d'activité et de ressources pour constituer un capital, on sait combien une quantité donnée de richesse actuellement produite par ce capital consomme en activités et en ressources pour la produire, mais on ne peut pas savoir au bout du compte combien de richesses ce capital va créer (en fonction de son taux d'utilisation dans le temps et du moment où il va devenir obsolète ou hors d'usage). On ne peut donc pas déterminer théoriquement quelle est le juste partage entre ceux qui ont investi dans la création du capital et ceux qui l'utilise pour produire de la richesse.

 

[1] « Richesse, Richesse virtuelle et Dette » de Frederick Soddy, 1926, traduction française par Jean-Paul Devos, édition Persée, 2015, p. 140.