Nous avons vu dans le billet n° 16 que la bourse de New York, créée en 1792 avec seulement 5 titres cotés, s'est ensuite rapidement développée avant d'adopter son mode de fonctionnement moderne en 1896 avec la création de l'indice Dow Jones qui permettait, pour la première fois, de refléter la tendance générale d'un ensemble d'actions.

La Première Guerre mondiale passée, les années 1920 furent une époque de paix, de prospérité et de boom culturel qui vit un développement de l'industrialisation et de popularisation de nouvelles technologies telles que la radio, l'automobile et l'aviation. [1]

À partir de 1921 le cours du Dow Jones s'envola, suscitant une rapide expansion de la spéculation sauvage. Les banques US accordaient des crédits pour acheter des actions en bourse. Avec 100 $ de dépôt on pouvait avoir jusqu'à 900 $ de crédit pour acheter des actions. [1] Ces 900 $ pour 100 $ étaient de la création monétaire incontrôlée (voir billet n°3 pour le contexte).

« Investir en bourse devint rapidement le passe temps favori des américains alors que les investisseurs espéraient réaliser de gros gains. Des investisseurs hypothéquèrent leur maison et investirent les économies d'une vie dans des actions risquées telle que Ford et RSA (*). Pour l'investisseur moyen, les actions étaient une placement sûr. Peu de gens s'étaient réellement penchés sur la situation financière et le domaine d'activité des entreprises dans lesquelles ils investissaient. Des milliers de sociétés furent frauduleusement créées pour berner des personnes crédules. Beaucoup d'investisseurs n'imaginaient même pas qu'un krach boursier soit possible – dans leurs esprits, un marché d'action devait toujours progresser. » [1]

(*) Entreprise US d'exploitation minière et pétrolière.

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De 1921 à 1929, le Dow Jones progressa de 60 à 400 points. « En 1929, la Réserve fédérale augmenta plusieurs fois les taux d'intérêt afin d'essayer de calmer une économie et des marchés financiers en surchauffe. Le jeudi 24 octobre 1929 un vent de panique poussa les investisseurs à vouloir vendre précipitamment leurs actions quand ils réalisèrent que leur boom inflationniste était en réalité une bulle spéculative. » Le cours des actions s'effondra le lundi noir 28 octobre et le mardi 29 octobre. De nombreux investisseurs se retrouvèrent presque instantanément en faillite. [1]

Au cours du mois de novembre 1929, le Dow Jones retomba de 400 à 145 points. À la fin de 1929 16 milliards de dollars de capitalisation étaient partis en fumée.

Mais il y eu pire encore. De nombreuses banques avaient investi leurs dépôts dans les marchés financiers et perdirent ainsi l'épargne de leurs déposants quand les actions plongèrent. Les banques se retrouvèrent rapidement en défaut de liquidité quand leurs clients voulurent retirer leurs économies tous en même temps. Les grandes banques et sociétés de courtage devinrent insolvables, amplifiant le krach des marchés d'actions. Le système financier était exsangue. Beaucoup de riches spéculateurs soudainement en faillite se suicidèrent en se jetant du haut des buildings. Même des client de banques qui n'avaient pas investies dans des actions se retrouvèrent sur le carreau alors que 140 milliards de dépôts avaient disparu et que 10 000 banques avaient fait faillite. [1]

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Mais le krach des marchés action de 1929 ne fit pas que des perdants. Certains avaient compris à l'avance qu'une bulle spéculative allait exploser. Ainsi un certain Jesse Livermore vendit ses actions avant qu'elle ne s'effondrent et les racheta après la baisse empochant ainsi un gain de 100 millions de dollars. Joseph Kennedy, le père du président J. F. Kennedy, en fit de même et gagna lui aussi des millions de dollars. [1]

Par la suite de nombreux travailleurs américains perdirent leur emploi et une pauvreté de masse s'instaura. D'anciens hommes d'affaires millionnaires en furent réduits à vendre des pommes et des crayons aux coins des rues. Un tiers des Américains vivaient à présent au-dessous du seuil de pauvreté. [1]

Le chômage augmenta jusqu'à un taux de 23 % au cours de l'année 1933. Ensuite le PIB commença à recroître. Il retrouva son taux d'avant-crise en 1939 puis la croissance se poursuivit et le taux de chômage décrut rapidement jusqu'à un minimum de 2 % en 1943. [2]

La période allant du krach de 1929 à 1939 est appelée la Grande Dépression.

Quant au Dow Jones, il fallut attendre 1955 pour le voir battre son plus haut d'avant le krach de 1929. [1]

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Le krach de 1929 et le début de la Grande Dépression qui a suivi ont conduit le Congrès américain à s'inquiéter des pertes que la volatilité des marchés d'action pour faire subir au système d'opérations commerciales et de paiements des banques. Une loi fut conçue dont la principale motivation fut le désir de restreindre l'usage des banques de crédit pour la spéculation et de diriger le crédit bancaire vers des usages plus productifs tels que le commerce, l'industrie et l'agriculture. Cette loi fut dénommée loi Glass-Steagall du nom de ses deux principaux promoteurs, Carter Glass, un ancien secrétaire au Trésor, et Henry Steagall, président du Comité des banques et de la monnaie. Elle fut promulguée en juin 1933 par le président Franklin D. Roosevelt. Ses principales dispositions visaient à véritablement séparer les activités de banque commerciale et de banque d'investissement. En pratique, les banques commerciales qui recevaient les dépôts et octroyaient des prêts n'eurent plus le droit de faire du commerce de titres, tandis que les banques d'investissement, qui faisaient du commerce de titres, ne furent plus autorisées à avoir de liens étroits avec les banques commerciales, tels qu'avoir une direction commune et les mêmes propriétaires. Après la promulgation de la loi, chaque institution financière eut un délai d'un an pour décider si elle se spécialisait en banque commerciale ou en banque d'investissement. Il était interdit à une banque commerciale de voir plus de 10 % de ses revenus provenir du commerce de titres. [3]

[1] http://www.thebubblebubble.com/1929-crash/

[2] https://en.wikipedia.org/wiki/Great_Depression

[3] https://www.federalreservehistory.org/essays/glass_steagall_act