L'effort coordonné de grandes entreprises et de riches individus pour influer sur la politique du gouvernement fédéral américain se concrétisa par une plus grande présence du monde de l'entreprise et des affaires à Washington. De 100 agences en 1968, cette présence passa à plus de 500 agences en 1978. Parallèlement, le nombre de lobbyistes enregistrés passa de 175 cabinets en 1971 à environ 2 500 en 1982. [1]

T. Wallace écrit [2] : « Les grandes entreprises ont démontré que de vastes ressources financières et humaines, utilisant des compétences professionnelles spécialisées dans le droit, la finance publique, la comptabilité, la marketing et les médias, sont capables d'influencer efficacement le public et de réussir à développer et à entretenir un soutien politique des deux partis. En 1995, une initiative couronnée de succès, dans le cadre législatif, le Private Securities Litigation Reform Act (Loi de réforme pour les contentieux sur les placements privés) reçut un soutien bipartisan ; la loi avait pour objet de réduire les poursuites judiciaires de titulaires d'actions contre des entreprises qui auraient publiées de fausses informations. Cette démarche était intégrante d'un effort continu visant à réduire la réglementation et le contrôle d'activités commerciales d'entreprises, pouvant être inconvenantes mais profitables.

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De ce fait, les entreprises du pétrole, de la banque, de l'investissement, des télécommunications, de l'automobile et de la chimie arrivèrent à une position de pouvoir où le milieu des affaires peut gravement influencer la nature, l'éthique et la vitalité de l'économie de la Nation. Il est devenu habituel pour les lobbyistes de dépenser, comme cela est officiellement rapporté, plus de 3 milliards de $ par an, somme qui se trouve substantiellement augmentée par les canaux de financement officieux.

 

 

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Par ailleurs, la haute finance a ajouté le concept de « groupe de réflexion » à son arsenal d'outils d'influence, conçus pour manipuler l'opinion politique américaine et la politique publique, ainsi que pour doter les politiciens et les experts de supports structurés de débat, formulés par des groupes de réflexion de type universitaire, ainsi que par d'anciens élus politiques et leurs équipes. Ainsi, durant les années 1960 et 1970, de riches individus, des fondations familiales et des entreprises créèrent des machines de propagandes conservatrices se présentant comme des organisations de recherche pseudo-universitaires contribuant à un message conservateur biaisé destiné à divers organes de presse publique. De tels groupes de réflexion de droite comprennent l'American Enterprise Institute et l'Heritage Foundation - supportés financièrement par des familles fortunées bien connues comme Coors, Mellon et Kock – ainsi que des médias portés par les mêmes idées, tels que le Public Interest et l'America Spectator. Combinés aux efforts menés par les lobbyistes de Washington, disposant tous d'un financement illimité, ils sont devenus un force dominante pour forger l'opinion publique et manipuler la politique américaine.

Ainsi, de grandes entreprises, de riches individus et des groupes d'intérêts particuliers financent un éventail d'efforts concernant des questions, des politiques et des objectifs sociaux et économiques pour gagner les esprits et le soutien politique d'élus, de faiseurs d'opinion et d'électeurs. Une prolifération de messages soigneusement sélectionnés et magistralement construits est créée et distribuée, parfois sous l'apparence d'une éducation impartiale du public mais, le plus souvent, sous la forme d'un prosélytisme visant à déplacer l'opinion publique et la dynamique politique vers des objectifs conservateurs définis en faisant souvent appel à une information incomplète, trompeuse ou imprécise. Ces efforts sont des exemples infâmes d'une perte d'intégrité intellectuelle et d'éthique à son paroxysme, et sont pourtant souvent tolérés, alors qu'ils prêchent la haine dans une démocratie… »

T. Wallace poursuit ainsi [3] : « À partir des années 1960 et 1970, le milieu américain des affaires défia plus vigoureusement les efforts du gouvernement visant à imposer, en tant que coûts commerciaux, des objectifs socialement orientés vers les employés, des réglementations environnementales et des responsabilités de protection des consommateurs. Ces efforts furent perçus comme des ingérences d'un gouvernement tentant de restreindre le mécanisme de marché libre et furent vus comme des violations du droit privé du commerce ; ils déclenchèrent une action unifiée d'entreprises pour rechercher une protection sous le US Bill of Rights. Ainsi, les efforts du gouvernement pour protéger les droits individuels associés à l'emploi, à l'environnement et au consumérisme à l'intérieur d'une nation industrialisée moderne, furent présentés comme étant en conflit avec le droit des entreprises privées de maximiser les profits.

La lutte qui s'en suivit entre un pouvoir d'entreprise privée défiant le pouvoir public et l'État qualifié de régulateur, catalysa une importante unification du monde des affaires pour coopérativement planifier, financer et exercer des pressions pour des intérêts communs. En conséquence, l'entreprise consistant à mobiliser des ressources dans le secteur de l'entreprise et des plus riches Américains pour influencer les élections et prendre le contrôle de la politique et des processus gouvernementaux pris des proportions considérables. Des supercitoyens créèrent un système extrêmement efficace de prise de pouvoir sur le système de gouvernance de la Nation. »

[1] « America is Self-Destructing », Thomas Wallace, 2013 ; Author House, Bloomington, Indiana ; p. 300.

[2] Ibid ; pp. 301-302.

[3] Ibid ; pp. 302-303.