« À la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'une des tâches les plus pressantes pour les nations alliées était de reconstruire le système économique et financier international ; de ce fait, en juillet 1944, quarante-quatre nations alliées signèrent les accords Bretton-Woods. Ceux-ci requéraient l'établissement d'un système de gestion monétaire entre les états industrialisés de la planète, consistant en des règles et des procédures pour les relations commerciales et financières. L'accord établit le Fond monétaire international (FMI) pour réguler un système mondial de monnaies. Il était aussi exigé de chaque pays qu'il opère sous une politique monétaire qui maintienne un taux d'échange de la monnaie basé sur le dollar US, le FMI gérant les déséquilibres temporaires de paiement entre les nations. Selon le système d'échange Bretton-Woods basé sur le dollar, le dollar américain était lié à une référence or qui maintenait la monnaie à une valeur fixée, contrairement à une monnaie flottante basée sur la confiance.

En 1971, Milton Friedman, président de la Réserve fédérale, persuada le président Nixon de mettre unilatéralement un terme à la convertibilité du dollar en or. Parmi les nombreuses conséquences de ce désengagement des États-Unis de ces accords, il y avait la déconnexion internationale officielle d'une monnaie fixe, c'est-à-dire d'une monnaie basée sur la valeur physique d'une certaine marchandise, permettant en cela subséquemment aux politiciens d'accumuler annuellement du déficit papier qui a déstabilisé les économies nationales à l'échelle mondiale. À Washington, les carrières des politiciens pouvaient à présent devenir prospères en utilisant le principe financier d'emprunter, imprimer et dépenser, en léguant simplement la dette aux générations futures. La fin de Bretton-Woods nous donne une illustration sur la manière dont l'action d'un gouvernement en termes de politique fiscale et monétaire peut conduire à des problèmes majeurs et à long terme, dus non pas à la nature du changement politique en lui-même mais aux mauvais comportements qu'il encourage. » [1]

C'est à partir de ce moment-là que se développa la thématique actuelle selon laquelle la cupidité est bonne pour l'économie, [1] thématique à l'origine de la crise financière qui éclata en 2007.

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« En quelques décennies, progressivement et systématiquement, l'influence de riches institutions réussit à infiltrer le Congrès et à amenuiser les restrictions de la législation Glass-Steagall [de 1933, voir billet 18]. Des grosses sociétés et de riches individus, ceux en lien avec la Réserve fédérale, les entreprises de Wall Street, les agences de notation des obligations, Fanny Mae et Freddy Mac, et des politiciens en position de pouvoir réussirent ainsi à saper la réglementation de l'industrie, augmentant énormément leur profitabilité. En 1992, le Congrès passa la loi Federal Deposit Insurance Corporation Improvement, qui permettait aux banques de ne maintenir un total des actifs qui ne soit que de 5 % du capital, à l'époque, le plus bas du monde. » [2]

Au cours du milieu des années 1990, les efforts du secteur financier américain pour réduire le capital exigé et pour libéraliser d'autres restrictions sur les investissements ont été facilités par la réglementation de 1996 du Comité de Bâle. Cette réglementation donnait aux banques internationales un moyen par lequel moins de capital pouvait être immobilisé derrière plus d'actifs risqués. Par ailleurs, une importante nouvelle règle de la Réserve fédérale autorisait en substance des instruments financiers complexes permettant d'utiliser de la dette pour donner une fausse apparence d'une condition financière plus solide.

En 1996, l'Office of Thrift Supervision (OTS), l'agence fédérale de régulation supervisant l'épargne et l'industrie du prêt, contribua à la déréglementation quand elle enleva la restriction sur les prêts avec pénalités de remboursement anticipé. Puisque cette disposition réduisait le risque d'investissement, elle fut rapidement adoptée pour les prêts hypothécaires à taux fixe ou variable.

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En 1997, le Department of Housing and Urban Development (HUD) décida que Fannie Mae et Freddie Mac pourraient acheter plus de prêts hypothécaires à risque en diminuant les niveaux de souscription pour les prêts qu'ils achetaient ou qu'ils conditionnaient en les convertissant en titres. Il peut être remarqué que les politiciens considéraient les prêts hypothécaires de Fannie Mae et Freddie Mac comme un moyen de maximiser le nombre de propriétaires et atteindre en cela le rêve américain, ce qui leur attirerait les faveurs d'un électorat à bas revenu qui pourrait de la sorte se trouver éligible pour un prêt hypothécaire. D'un autre côté, l'industrie de la finance escomptait une croissance et des profits appréciables si les critères du prêt hypothécaire pouvaient être relâchés, d'indésirables restrictions sur cette industrie supprimées, et si l'on pouvait parvenir à une diminution du risque pour l'investisseur. Cette incitation gagnant-gagnant pour le monde des affaires et celui de la politique permettait aux institutions de Wall Street d'acquérir un très grand nombre de prêts hypothécaires à risque pour les conditionner en trillards de dollars de titres adossés aux prêts hypothécaires.

Le HUD demanda à Urban Institute, un groupe de recherche en politique économique, d'examiner les performances de Fannie et Freddie dans des prêts accordés dans le domaine problématique de personnes à bas revenus. Son rapport, publié en avril 1999, jugea que les niveaux de souscription étaient trop élevés, que l'on avait besoin de produits d'emprunt plus flexibles, et que l'on pouvait octroyer des prêts à des personnes à plus bas revenus. On remarquera que trois des quatre auteurs du rapport « avaient de forts liens avec Fannie Mae… et que tous trois avaient été au bout de la chaîne de fonds de recherche financés par la Fannie Mae Foundation.

Trois mois plus tard, de nouveaux objectifs rendant l'accès au logement plus accessible furent établis pour Fannie et Freddy ; ceux-ci incluaient de nouvelles règles exigeant que 50 % des prêts hypothécaires émis profitent aux familles à bas ou modestes revenus, avec la perspective que vingt-huit millions de familles en profitent. Depuis 1992, ce pourcentage a été augmenté d'une valeur initiale de 30 % jusqu'à une valeur réalisée de 42 % en 1999, avant d'être augmenté à un nouveau minimum de 50 % en 1999. À cette époque, le président Clinton affirmait que 66 % des Américains possédaient leur logement.

Au bout du compte, le secteur financier et ses alliés à Washington réussirent, en 1999, à faire passer la loi Financial Services Modernization qui consiste en substance en une abrogation de la loi Glass-Steagall. Le principal promoteur de la cause était un poids lourd institutionnel, Stanford J. Weill, qui voulait fusionner Travelers Group avec City Bank pour former Citigroup, ce qui aurait été illégal sous la loi Glass-Steagall. Avec la nouvelle législation, les fonctions bancaires commerciales et d'investissement pouvaient à nouveau être légalement entremêlées, comme dans les années qui ont précédé la crise de 1929, permettant une plus grande prise de risque mais potentiellement créatrice de plus grands profits institutionnels. [2]

[1] « America is Self-Destructing », Thomas Wallace, 2013 ; Author House, Bloomington, Indiana ; pp. 310-311.

[2] ibid ; pp. 310-315.