Nous en arrivons au point où Thomas Wallace nous détaille dans [1] le mécanisme ayant conduit à la crise financière dite « des subprimes », qui, après avoir éclaté en 2007 aux États-Unis, s'est propagée en 2008 à l'Europe et au reste du monde.

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« Historiquement, même l'investissement financier intelligent a été dûment reconnu comme une forme de jeu d'argent dont la chance allait parfois vers l'investisseur prudent. Cependant, après 1999, avec l'abrogation de la loi Glass-Steagall, couplée à l'inefficacité des régulations et des régulateurs gouvernementaux, et à des agences de notation grotesques, les investisseurs dans des titres adossés à des prêts hypothécaires connurent une époque de paris risqués à une échelle inconnue jusqu'alors, qui leur était beaucoup moins favorable qu'ils ne l'avaient supposé. Les produits d'investissement de Wall Street devinrent fonctionnellement enveloppés de stratégies ingénieuses, extrêmement sophistiquées et manipulatrices qui se sont montrées être très efficaces pour Wall Street, mais ultimement hautement toxiques pour les investisseurs, la Nation, et le monde. Le business des prêts hypothécaires à risque a amené de grandes richesses vers de nombreuses sociétés et leurs employés, alors que les priorités premières de l'industrie de la finance avaient remplacé les valeurs et l'éthique démodées de servir les clients historiques de l'entreprise par des objectifs immoraux et frauduleux qui boostaient la profitabilité de l'entreprise et les rémunérations de ses employés.

Cependant, un petit nombre d'individus en sont venus à prendre conscience de la fraude inhérente à la vision à court terme des prêts hypothécaires à risque et misèrent sur leur faillite finale, convaincus que leurs créateurs les avaient manigancé pour qu'ils finissent par faire faillite. Mickael Lewis, dans The Big Short, présente des cas particuliers de personnes qui, de leur côté, en vinrent finalement à prendre conscience que les grandes sociétés de Wall Street étaient en train de gagner une grande richesse avec peu de risques financiers et avaient transféré un énorme risque (et plus probablement un désastre financier) sur des investisseurs innocents. Des sociétés d'investissement, des PDG et des employés étaient devenus très riches sur des frais collectés sur la création et la vente de titres qui étaient involontairement (ou sciemment) voués à la faillite.

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Être rapide à vendre ces produits obligataires à haut risque était primordial pour transférer le risque potentiel de pertes financières à d'autres parties. Ainsi, ce business profitable de Wall Street consistait en une succession de transactions papier pour lesquelles les investisseurs étaient les participants involontaires à un jeu d'argent dans lequel les risques étaient accumulés sur eux. Un argument défensif, que l'on a pu entendre après l'effondrement du stratagème, était qu'il était de la responsabilité de l'investisseur d'évaluer le risque ; une nouvelle façon de retourner le concept de marché libre : c'est-à-dire la liberté de permettre au risque de se déplacer vers ceux qui ne comprennent pas l'objet de l'arnaque.

Curieusement, des deux côtés du jeu, les joueurs devinrent riches. Du côté des gagnants, les individus qui misèrent contre le succès du marché des prêts hypothécaires à risque se firent des millions. Mais, du côté des perdants, les individus qui gérèrent le business des CDO [Collateralized Debt Obligations : titres de créance avec garantie] perçurent aussi des millions de dollars pour leurs conseils et leurs honoraires pour simplement s'occuper de la paperasse, tout en faisant perdre des milliards de dollars aux investisseurs. Un exemple notable est qu'un des principaux traders de Morgan Stanley fit perdre plus de 9 milliards de $ à sa société, la plus grande perte individuelle jamais enregistrée à Wall Street mais reçu, au moment de son licenciement, des millions de dollars qui lui étaient dus contractuellement.

L'un des aspects les plus surprenants de cette escroquerie historique est que la plupart, si ce n'est la totalité, des PDG de Wall Street qui appartenaient au camp des perdants, que ce soit ceux d'une entreprise publique qui se trouva ruinée ou ceux d'une entreprise privée qui fut renflouée par le gouvernement fédéral, devinrent riches. Ils avaient réussi à transférer le risque financier ultime des associés de l'entreprise vers certains de leurs clients, qui avaient financé le risque mais ne possédaient qu'une faible (voire aucune) compréhension de l'ingénierie financière extrêmement complexe, de la nature des produits, ou des vrais risques de leur investissement truqué.

Finalement, plutôt que de laisser les grandes sociétés de Wall Street faire faillite, le gouvernement fédéral a pris des mesures pour organiser leur acquisition ou leur renflouement afin de maintenir la stabilité financière de la Nation. L'inquiétant principe établi par une telle action est que de tels renflouements pourraient être à présent devenus une pratique normale pour les sociétés financières qui prennent des risques excessifs, qui se diront qu'elles seront sauvées de la faillite par une action gouvernementale tout en tirant d'importantes rétributions de la faillite. »

[1] « America is Self-Destructing », Thomas Wallace, 2013 ; Author House, Bloomington, Indiana ; pp. 316-318.