Suite de la description par Thomas Wallace du mécanisme de la grande arnaque des « subprimes » [1] :

« La réussite obtenue par le Grand Complot de la haute finance dans l'influence de la politique de Washington et la réduction du contrôle et de la régulation de l'investissement bancaire a fourni à Wall Street un nouveau cadre pour créer des produits et des services plus complexes, perfides et profitables. C'est J.P. Morgan qui a ouvert la voie vers une nouvelle époque quantitative et une vision éclairée du risque d'investissement par l'utilisation de méthodes plus avancées d'évaluation, de prévention et de gestion du risque et par l'application de la puissance de la modélisation mathématique et de la théorie des probabilités telles que pratiquées par les mathématiciens, les statisticiens, les scientifiques et les ingénieurs. Pour l'industrie de l'investissement, une représentation mathématique du risque financier permettrait de réfléchir plus rapidement, plus précisément et de manière plus sophistiquée dans les processus et les prises de décisions. Ces méthodologies quantitatives plus avancées peuvent réduire le risque et le minimiser ou totalement décaler le risque sur d'autres. Ainsi de nouveaux produits d'investissement, les CDO et les CDS [comme collateralized debt obligations et credit default swaps] furent créés pour minimiser, diversifier et décaler le risque ; ils seront décrits dans les prochains paragraphes.

En premier lieu, une société d'investissement, telle que Goldman Sachs, regroupe un grand nombre (ou un portefeuille) de prêts hypothécaires dans un titre, obtient une agence de notation de crédit, et offre alors le produit à des investisseurs institutionnels qui peuvent investir, devenir propriétaire du titre et le preneur de risque. En second lieu, des sociétés d'investissement peuvent aussi offrir un autre type de titre, qui est appelé un produit dérivé, nom dû au fait qu'il est dérivé d'un autre titre : Le CDO, dérivé d'un titre basé sur un prêt hypothécaire, a une valeur future qui dépend de l'évolution dans le temps de la qualité des remboursements des propriétaires immobiliers et de l'absence de défaut de paiement. L'investisseur en CDO ne possède aucune propriété tangible.

En troisième lieu, le CDS peut être vu comme un instrument de type assurance, qui peut être utilisé pour minimiser et pour quantifier le risque d'un investisseur en CDO. Par exemple, un hypothétique CDS de 100 millions de $ acheté pour une prime relativement faible sert de protection financière contre une perte (autrement dit c'est une assurance contre le défaut d'un titre). Si l'investissement se montre être réussit, l'assuré ne touchera rien, mais il recevra 100 millions de $ si le titre fait défaut. Ainsi le CDS est un pari sur un événement qui a deux résultats possibles, soit une réussite financière, soit l'échec d'un défaut.

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Sur la base de ces outils d'investissement, il est possible d'illustrer l'arnaque de Wall Street du Big Short [le casse du siècle]. Michael Lewis remarque que « Goldman Sachs créa un titre si opaque et complexe qu'il pourrait rester à jamais incompris des investisseurs et des agences de notation : le prêt hypothécaire synthétique à risque obligataire reposant sur un CDO. Cependant, en 2010, la SEC (Securities and Exchange Commission : organisme fédéral de réglementation et de contrôle des marchés) accuse Goldman Sachs et un dirigeant de fraude civile ; les détails de cette affaire nous donnent un aperçu de la culture animant Wall Street.

 

 

 

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Initiallement, un gérant de fond spéculatif et client de Goldman, John Paulson, a payé à la société 15 millions de $ pour constituer un CDO adossé à des prêts hypothécaires qui fut proposé à des investisseurs professionnels. Cependant, la SEC a accusé Goldman d'avoir fait « des affirmations matériellement trompeuses et des omissions » en ne divulguant pas aux investisseurs institutionnels que Paulson, en utilisant l'instrument CDS, avait misé sur le défaut des prêts hypothécaires et qu'il avait un rôle dans le processus initial de sélection des prêts hypothécaires. En neuf mois, 99 % des titres de prêts hypothécaires ont été dévalorisés, et en pariant que les prêts hypothécaires allaient faire défaut, il est rapporté que le gain de Paulson a été de 1 milliard de $. Comme cela a été précédemment remarqué, Goldman régla l'affaire avec la SEC sans avoir reconnu sa culpabilité et paya une amende record de 550 millions de $.

Il y eut beaucoup de victimes du stratagème du grand casse de Paulson. Les détenteurs de prêts hypothécaires perdirent leur bien et les investisseurs qui avaient fait confiance aux produits titrisés de Goldman Sachs et à la désignation triple A faite par les agences de notation perdirent leur investissement dans un placement financier truqué destiné dès le départ à faire faillite. Ceux qui profitèrent de ce casse géant peuvent être divisés en deux groupes. Les sociétés de Wall Street et leurs dirigeants qui soit créèrent ou bien finirent par comprendre la stratégie et jouèrent le pari truqué en faisant l'acquisition de prêts hypothécaires d'individus manifestement inéligibles. Quelques acteurs mineurs à la marge en vinrent à se rendre compte de la nature défaillante de ces instruments à la complexité caché et des profits potentiels pouvant en être tirés. »

 

[1] « America is Self-Destructing », Thomas Wallace, 2013 ; Author House, Bloomington, Indiana ; pp. 318-320.